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Full text of "Les idées pédagogiques de Don Bosco"

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Les Idées pédagogiques 

de 

Don Bosco 



COLLECTION 
« LES IDÉES PÉDAGOGIQUES » 



EN VENTE : 

i. — Les Idées Pédagogiques de saint Pierre Four- 

nier, par J. Renault, in- 12, orné d'un portrait du saint. 2.00 

2. — Les Idées Pédagogiques de la bienheureuse 
Julie Billiart, par M. Halcant, in-12, orné d'un portrait de la 
Bienheureuse, d'un fac-similé de son écriture et de plusieurs gra- 
vures hors texte 1 . 50 

3. — Les Idées Pédagogiques de Montaigne, par J. 
Renault, in-i 2, orné de son portrait 1 . 50 

4. — Les Idées Pédagogiques de Don Bosco, par 

L. Breckx, professeur d'Ecole Normale à Gand, in-12, orné d'un 
portrait hors texte 1 . 50 

5. — Les Idées Pédagogiques de Fénelon, par J. Re- 
nault, in-12, orné d'un portrait hors texte 2.00 



LE VÉNÉRABLE DON JEAN BOSCO 

Fondateur des Salésiens (1815-1888) 




f ^À<É- $£**#*- U^^ tXr&L*~ oa^uÔq^ 



LES IDEES PÉDAGOGIQUES, IV 

L. BRECKX 

Professeur d'Ecole normale 



Les Idées pédagogiques 



de 



Don Bosco 








V, y . 



PARIS (VI) 
P. LETH1ELLEUX, L1BRAIKE-ÏÏDITEUH 

10, RLE CASSKTTE, 10 



AVANT-PROPOS 



Don Bosco est une des figures les plus attachantes 
du xix e siècle. Il naît dans un obscur hameau ita- 
lien, sous le toit d'un pauvre paysan. Mais, intelli- 
gent, laborieux et riche d'un grand cœur, il atteindra 
ces hauteurs sereines de l'humanité d'où nous des- 
cendent la lumière et la chaleur. Ce plébéien, élevé 
loin de toute école par une veuve campagnarde, 
deviendra prêtre, éducateur des pauvres, père des 
orphelins. 

Dès son enfance se manifesta en lui ce quelque 
chose d'indéfinissable qui marque les conducteurs 
des foules. Au village natal les enfants accourent de 
partout pour applaudir ce joyeux acrobate et pour 
écouter le jeune catéchiste. Élève au séminaire, c'est 
lui qui conduit les âmes et enseigne ce qu'est un 
prêtre. Élevé au sacerdoce, la charité la plus intense 
rayonne de son cœur apostolique. Toutes les néces- 
sités, toutes les misères crient vers lui et tendent 
la main comme vers le mandataire de la Providence. 

Au milieu du xix e siècle, le merveilleux éclate 
sur ses pas et met comme un nimbe moyenâgeux 
autour de ses créations modernes. Les jeunes ^ens 
se pressent par milliers dans les patronages et les 
écoles qu'il leur ouvre de toutes parts; des prêtres 
en grand nombre viennent à son secours et, com- 
muniantà sa charité évangélique, portent sa parole 

LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO. — I 



2 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

aux quatre coins du monde ; les foules viennent 
écouter ses paroles simples et lui jettent qui, leur 
or, qui, le fardeau de leur cœur ; le tout-Paris pro- 
fane lui-même, aussi ému qu'étonné, l'acclame et 
contribue par la voix de sa presse à rendre mondiale 
la réputation de sainteté de ce Vincent de Paul 
italien. 

Don Bosco, après tant de travaux, mourut comme 
un saint. 

Ce fut le cri du Pape lui-même, à l'annonce de 
son trépas. Les princes de l'Église et les puissants 
du monde escortèrent la dépouille mortelle de l'en- 
fant des Becchi ; ce fut une marche triomphale, une 
véritable apothéose : 20.000 personnes compo- 
saient le cortège, 100.000 assistants formaient la 
haie. Autour de sa tombe des milliers d'enfants 
sont élevés dans son esprit. Pour les nourrir on a le 
pain que ses disciples implorent quotidiennement 
de la Providence et, miracle constant, aucun jour 
la Providence n'oublie de le leur faire apporter par 
la charité. 

L'esprit de Dieu continue ainsi à reposer sur la 
mémoire de Don Bosco, qui lui-même continue de 
vivre dans ses fils pour le bien du peuple chrétien 
et de l'humanité tout entière. 

L'Église, en reconnaissant les hautes vertus et 
les bienfaits inappréciables de ce serviteur de Dieu, 
a commencé par sanctionner le jugement unanime 
des foules et a décerné à Don Bosco le titre de 
Vénérable. 

Le monde de la pédagogie reconnaîtra bientôt 
en lui un initiateur et un modèle. 

A l'auréole du saint et au mérite du père des or- 
phelins s'ajoutera ainsi la gloire du pédagogue^ 



AVANT-PROPOS 



II a piru de Don Bosco de nombreuses et très 
intéressantes biographies. Jusqu'à ce jour toutefois, 
aucune étude systématique n'a mis en relief son 
œuvre pédagogique. 

Don Bosco, par ce qu'il a réalisé plus encore que 
par ses théories, mérite de prendre place parmi les 
grands praticiens de l'éducation. 

Pour le montrer sous cet angle, il nous a suffi de 
réunir les traits épars dans les études générales pu- 
bliées sur ce saint homme; de sorte que nous avons 
eu a ce travail plus d'agrément que de mérite. 

Parmi les sources auxquelles nous avons puisé, 
citons particulièrement : 

Vie de Don Bosco, par J.-M. Villefranche. 

Vie du Vénérable Don Bosco, par J.-B. Francesia. 

Don Bosco (Contemporains) par Saint-Hcgon. 

Le Jeune éducateur chrétien, psr S. Scaloni. 

Le Vénérable Don Bosco, Paris, Maison Ozanam. 

Les Bulletins Salésiens, Turin. 

Don Bosco et les Salésiens, par le Comte Fleiiry 
(Scence et Religion), Bloud, Paris. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 



Les influences du milieu. 

Jean Bosco naquit à Castelnuova d'Asti, près 
de Turin, le 15 août 1 8 î 5 . A l'âge de deux ans il 
perdit son père, un honnête paysan. 

Sa mère, Marguerite Bosco, devenue vevive à 
l'âge de 29 ans, n'en marquera que plus profondé- 
ment son empreinte dans l'âme de ses trois fils. 
C'était une femme peu instruite mais douée d'un 
rare bon sens. Là rectitude de son jugement, une 
tendre piété et un grand dévouement, allié à une 
fermeté toute virile, en firent une mère exemplaire 
et la digne institutrice d'un futur éducateur. 

Jusqu'à l'âge de dix ans, le jeune Bosco n'avait 
d'autres leçons que les récits édifiants de sa mère, 
d'autres occupations que la garde des troupeaux 
avec, comms intermèdes, les offices à l'église et des 
jeux d'adresse sur un poirier. 

Le large souffle de la nature passe librement à 
travers cette paisible enfance. C'est dans un coin 
presque sauvage du Piémont que l'humble maison 
des Bosco s'isolait sur le penchant d'une colline. 

Le travail y est la grande loi, l'obligation heu- 
reuse et féconde. Marguerite assujettit ses enfants 
à toutes les besognes du ménage et des champs. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE O 

Dès le lever du soleil, en été, et longtemps av^r.t, 
en hiver, les petits Bosco ouvrent la journée par la 
prière. « La vie est trop courte, disait la mère, pour 
en perdre la moindre partie. » 

L'excès de fatigue n'est point redouté. Les repas 
restent toujours d'une frugalité extrême. La nuit, 
on couche sur la dure. Lorsque, plus tard, Jean sera 
au séminaire, il y portera le matelas prescrit. Mais 
aux vacances, la mère le lui fera rouler et ficeler 
soigneusement dans une couverture, estimant l'inu- 
tile douceur comme une nuisance. 

On le voit, maman Marguerite tâchait de donner 
une robuste trempe à ses enfants ; elle assouplit 
leurs âmes et leurs corps aux rigoureuses lois qui 
nous dominent et en dehors desquelles ni la santé 
ni la vertu ne peuvent fleurir. Nous sommes les 
soldats du Christ, disait-elle, toujours sous les or- 
mes, toujours en présence de l'ennemi. Celui qui 
ne peut rien endurer est-il capable de vaincre dans 
la lutte qui est la vie ? 

L'ne telle éducation peut paraître dure, à nos 
jours de mollesse où les mères trop souvent esti- 
ment qu'il ne faut faire aux enfants nulle peine. 
Mais c'est au fruit qu'on connaît l'arbre, aux résul- 
tats la valeur des principes d'éducation. Or l'éduca- 
tion faite de mollesse et d'infinies condescendances 
que promet-elle à la famille de dem lin, à la société 
chrétienne? Que sont ces résultats en comparaison 
des fruits d'une jeunesse laborieuse et de vertu 
austère ? Quelle piètre figure ne font pas DOS fre- 
luquets mondains à côté de ce robuste paysan qui 
puise dans les réserves d'une rude jeunesse les for- 
ces d'une vie intense et féconde à t> us égards ! 

La vertu est une flamme intérieure qui ne tarde 



6 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

guère à rayonner. Aussi, de bonne heure, nous 
voyons le jeune Bosco devenir un centre d'admira- 
tion et d'attrait. Une puissance spéciale, révéla- 
trice de tout un avenir, marquait Jean : celle d'at- 
tirer les enfants, de les aimer et de s'en faire aimer. 
Ce petit campagnard, qui savait à peine lire et écrire, 
était recherché déjà par tous ses petits compagnons ; 
dès qu'ils apercevaient Jean, ils couraient à lui et 
le priaient de raconter une histoire. 

Les grandes personnes s'unissaient aux enfants 
et sur la route de Gastelnuova ou, l'hiver, aux veil- 
lées, debout sur une table, le petit prédicateur de 
huit ans, après le signe de la croix et un Ave Maria, 
intéressait tout le monde autant par sa manière 
ingénue de raconter que par ses récits ou par les 
sermons du dimanche qu'il embellissait. 

Devenu un peu plus grand, Jean corsait ces 
séances par ses tours peu ordinaires de saltimban- 
que et de prestidigitateur. 

Ainsi, par une vocation précoce d'apôtre, il se 
servait des avenues qui s'ouvraient devant lui, 
comme d'une voie que Dieu lui traçait, pour l'en- 
seignement des vérités de la religion. 

Le désir de se consacrer à Dieu par la prêtrise ne 
pouvait tarder à se lever d?ns un tel cœur. Aussi, 
un soir, au retour d'une de ses séances dominicales, 
il s'en ouvrit à sa mère et traça du même coup l'i- 
déal qu'il rêvait réaliser : « Si je puis arriver un jour 
au sacerdoce, je consacrerai ma vie entière aux en- 
fants. Je les attirerai vers moi ; je les aimerai et 
m'en ferai aimer ; je leur donnerai de bons conseils 
et me dépenserai sans mesure pour le salut de leurs 
âmes. » 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 



Les études d'un jeune homme pauvre, 



Deux obstacles toutefois se dressaient devant le 
désir du fils qui était aussi celui de la mère. La mo- 
dicité des ressources ne permettait pas aux Bosco de 
payer les études de Jean, et d'autre part, Antoine, 
l'aîné des trois enfants, s'opposa résolument aux 
projets de son demi-frère. 

Toutefois, à l'âge de douze ans, au moment où 
les travaux des champs chômaient, Jean obtint 
d'aller prendre des leçons chez le curé de Murialdo, 
un village voisin. 

Jamais jeune homme n'apprécia tant le bonheur 
de pouvoir étudier. Aussi ses progrès furent éton- 
nants. C'est à l'aller et au retour de Murialdo qu'il 
lui fallait apprendre ses leçons ; le temps de faire 
ses devoirs, il dut le prendre sur le sommeil et le 
repos accordé entre les travaux. 

Tant de courage ne désarma pas l'opposition 
d'Antoine. Pour mettre fin à ses récriminations et 
pour seconder les vues manifestes du ciel, Margue- 
rite engagea son enfant à quitter la maison mater- 
nelle et à chercher dans la ville voisine, avec le pain 
quotidien, quelque occasion plus favorable de pour- 
suivre ses études. 

Jean partit donc, à l'âge de treize ans, empor- 
tant ses humbles vêtements et quelques livres, plein 
de confionce en Dieu qui l'appelait dans la voie du 
sacrifice. 

Tour â tour, selon les nécessités, il fut garçon 
de ferme, apprenti tailleur, répétiteur de latin, et 



8 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

même garçon confiseur. Durant l'année 1833-34 
nous trouvons Jean chez un tenancier de café. Par- 
tout, il conquit la sympathie de son entourage par 
les charmes de sa conversation et l'exemple de sa 
piété communicative. 

Partout, comme au village natal, ses jeunes com- 
pagnons se groupèrent autour de lui et lui deman- 
dèrent, avec les distractions honnêtes, les sages 
conseils. Il les réunit en une association de piété, 
qu'il appela Les compagnons de la Gaieié. Les jours 
de congé, pour récréer ses camarades et les empê- 
cher de fréquenter de mauvaises compagnies, Jean 
organisa une académie littéraire, improvisa une 
séance dramatique ou reprit son tablier de jongleur. 

Il était d'ailleurs aussi remarquable dans les jou- 
tes de l'esprit que dans les exercices du corps. Ses 
séances académiques eurent bientôt un grand suc- 
cès. Le jeune paysan était né poète ; ses travaux 
littéraires charmaient ses condisciples et ses pro- 
fesseurs eux-mêmes. Ceux-ci étaient d'ailleurs émer- 
veillés par le gain moral obtenu par ces réunions 
autant que par leur influence sur le développement 
intellectuel de leurs élèves. 

Le 25 octobre 1835, Jean entra au séminaire. Il 
serait superflu de dire que le jeune séminariste fut 
un modèle de piété et de travail. Ses confrères trou- 
vèrent bien vite en lui un ami dont le savoir-faire 
égalait le dévouement. Façonner des barrettes, 
raccommoder des soutanes, soigner Ips malades, pan- 
ser les blessures, il était habile en tout ; de sorte que 
tout le monde avait recours à ses services. Par les 
services rendus Jean entra dans l'intimité des cœurs. 
Il joignit bientôt les conseils spirituels aux soins 
matériels ; il aida à vaincre les difficultés, à sur- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE H 

monter les peines ; son zèle et son amour enflam- 
mèrent ceux qu'il servait. 

Jean fit au séminaire deux ans de philosophie et 
trois ans de théologie. Il obtint de faire la quatrième 
année pendant les vacances. 

Après des études brillantes et une longue prépa- 
ration, faite de piété et de vertu, il fut ordonné 
prêtre, le 27 mai 1841. 



Les voies mystérieuses de la Providence. — 
Au Valdocco. 

Plusieurs appels se firent entendre au jeune prêtre, 
au sortir du séminaire : la voix du cœur lui signala 
les agréments d'un vicariat au lieu natal ; la voix 
du monde lui fit entrevoir une situation avanta- 
geuse comme précepteur ; la voix, de Dieu résonna 
plus h-iut. Sur les conseils de son directeur spirituel, 
Don Cafasso, Jean Bosco, résolu de servir Dieu dans 
les œuvres de charité, entra dans l'Institut de 
Saint François d'Assise. Dans cette école supérieure, 
où de jeunes prêtres, sous la conduite de maîtres 
expérimentés, achevaient de se préparer a la vie 
d'apostolat, Don Bosco put donner libre cours au 
zèle pour le salut des âmes qui n'avait cessé de 
grandir en lui. Les catéchismes, la visite des mala- 
des dans les hôpitaux, des détenus dans les prisons, 
des pauvres dans leur taudis lui permirent de son- 
der l'étendue des maux physiques et l'intensité des 
misères morales de cette société mêlée à laquelle 
une grande ville en formation donne asile. 

Ému devant l'immensité do cèfl détresses, Don 



10 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 



Bosco songeait à remédier à tant de maux. Il se 
demandait comment aider les nombreux jeunes 
gens qui,attirés par l'appât de gros salaires,venaient 
de toutes parts chercher du travail dans les fau- 
bourgs de Turin en construction et y perdaient 
bientôt, aux logis infâmes et dans les rues déver- 
gondées, la foi et les mœurs de leur enfance. 

La Providence, par un incident peu important, 
allait lui ouvrir ces voies mystérieuses qui mène- 
raient vers la fondation d'un ordre d'éducateurs, 
appelé à se dévouer à toutes les misères analogues 
sous tous les climats de la terre. 

C'était le matin du 8 décembre 184t. Don Bosco 
se disposait à dire la messe dans l'église Saint-Fran- 
çois-d' Assise. Tandis qu'il revêtait les ornements 
sacerdotaux, il entendit le bruit d'une dispute et 
tourna la tête. Il vit le sacristain tancer d'impor- 
tance un jeune garçon et le pousser dehors. Don 
Bosco fut pris de pitié pour l'enfant et le fit ramener. 
Le gamin avait été malmené parce qu'il ne savait 
pas servir la messe. Le prêtre lui parla avec bonté 
et l'engagea à suivre les cours de catéchisme. Mais 
l'enfant, un pauvre orphelin d'Asti, ne sachant ni 
lire ni écrire, lui avoua qu'il craignait, à l'âge de 
16 ans, de venir s'asseoir au milieu de bambins rail- 
leurs. 

« Eh bien! dit Don Bosco, je t'apprendrai moi- 
même le catéchisme. » Le soir même, il lui donna la 
première leçon et lui recommanda de revenir le 
dimanche suivant et d'amener quelques-uns de ses 
camarades. 

Le soir du même jour, Don Bosco recueillit un 
second élève dans l'église de Saint-François-d' Assise. 
C'était un jeune maçon qui s'était endormi pendant 
le sermon. Il avait essayé d'écouter, mais, ne com- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 11 

prenant rien, il s'était mis à dormir, en attendant 
la fin. A ce jeune homme Don Bosco promit des 
sermons plus appropriés et donna rendez-vous au 
dimanche suivant. 

Les deux premiers disciples ne se firent pas faute 
de revenir près du bon prêtre et lui amenèrent leurs 
camarades. Leur nombre dépassa bientôt la cen- 
taine. 

Don Bosco se trouva vite embarrassé de son suc- 
cès, car où recevoir cette jeunesse nombreuse avide 
d'entendre sa parole ? La modeste chambre dans 
le Refuge Barolo devint trop étroite et deux pièces 
furent bientôt aménagées ; l'une servirait de classe 
et l'autre de chapelle. Après l'instruction religieuse 
et les exercices de piété on pourrait passer à d'hon- 
nêtes divertissements. 

Ces réunions de jeunes gens, pour la plupart des 
maçons à peine dégrossis, ne se passaient pas sans 
quelque tapage et Don Bosco fut bientôt invité à 
réunir ces jeunes gens ailleurs. Alors commença une 
chasse à la recherche d'un logis. 

Le patronage s'installa successivement dans l'un 
ou l'autre sanctur.ire désaffecté ou dans quelque salle 
prise en location. Mais partout la turbulence des 
jeunes g^ns fit s'élever des protestation?. L'été fut 
plus favorable : on pouvait se réunir «m plein air 
dans un pré ou au bout d'un champ. Mais là encore 
les dégâts réels ou possibles firent enlever l'auto- 
risation octroyée. Aucune maison, aucun coin de 
terre ne voulait de ces petits vauriens bruyants et 
destructeurs. 

Un brave homme, appelé Pinari, offrit à Don Bos- 
co la location d'un hangar ; c'était le salut. Le 
jour de Pâques 18-16. dans cette sorte de chenil 



12 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

dûment transformé, la sainte messe fut dite au 
milieu d'une assistance nombreuse et sympathique 
à l'œuvre naissante. 

Peu à peu ce premier établissemment fut agrandi. 
Don Bosco loua, puis acheta les maisons voisines 
et y installa les écoles du soir. L'humble maison 
Pinardi devint le berceau de l'immense œuvre salé- 
sienne. Ce fut le erain de sénevé qui, selon la parole 
de l'Évangile, devait croître et devenir un grand 
arbre. 

Don Bosco l'appela l'Oratoire Saint- François-de 
Sales. « Par ce nom d'Oratoire, par lequel, dès le 
début, le saint prêtre avait désigné toutes ces réu- 
nions d'enfants, il voulait indiquer que la prière 
était la base de l'éducation qu'il entendait donner à 
ses élèves et la seule puissance sur laquelle il comp- 
tait pour la réussite de ses œuvres (1). » 

Don Bosco choisit saint François de Sales comme 
patron de cette œuvre, à cause de la grande dévotion 
qu'il avait, dès ses années de séminaire,pourle saint 
évêque, dont la charité et la mansuétude lui parais- 
saient des vertus propres, par-dessus tout, à gagner 
l'âme des enfants. 

La maman des orphelins. 
Nouveaux foyers. 

Don Bosco et ses enfants, dont le nombre attei- 
gnait déjà sept cents, étaient entrés dans la terre 
promise. Quelques amis dévoués vinrent se grouper 
autour du saint prêtre et devinrent ses premiers 
collaborateurs. Le nombre des enfants ne cessait de 

(1) Vie de Don Bosco. Maison Ozanam, Paris. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 13 

s'accroître et l'activité de Don Bosco grandissait 
dans la même proportion. Le dimanche matin, le 
bon père entendait les confessions jusqu'au moment 
de célébrer la messe. Après le prône, sur l'évangile 
du jour, il y avait récréation, puis classe jusqu'à 
midi. Les instructions, les prières et les chants alter- 
naient avec les jeux et remplissaient également 
l'après-midi, d'une manière si attrayante que les 
petits paroissiens du Valdocco ne quittaient le 
patronage qu'à regret. 

Los écoles du soir avaient été ajoutées aux réu- 
nions du dimanche. Désormais Don Bosco était tout 
à son œuvre et à ses enfants. Il ne se ménageait pas ; 
il était à eux à toutes les heures du jour et de la 
nuit. Un excès de fatigue ébranla bientôt sa santé. 
En juillet 1846, Don Bosco fut atteint d'une fluxion 
de poitrine qui le conduisit, en quelques jours, aux 
portes du tombeau. 

Dieu exauça les prières des centaines d'enfants 
qui le suppliaient de leur garder ce bon père. Après 
une convalescence de quatre mois, Don Bosco put 
retourner à Turin afin de se consacrer à son œuvre 
du Valdocco. Il n'avait, à vrai dire, pour faire vivre 
cette œuvre, que sa foi en la Providence et son dé- 
vouement sans mesure. A ce moment, le saint prêtre 
n'avait même plus de moyens d'existence. 

Ainsi dénué de ressources matérielles, notre héros 
fît appel ii sa mère et la décida à venir s'installer 
auprès de lui, afin de s'occuper de son intérieur. 

La bonne femme, dont la vie avait été jusqu'alors 
un rude combat contre la pauvreté, croyait pouvoir 
passer les années qui lui restaient au milieu de ses 
petits-enfants, dans ce repos bien mérité qu'accorde 
souvent la vieillesse à ceux qui, au jour le jour, ont 



14 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

semé l'affection autour d'eux. Mais l'âme de cette 
veuve héroïque, broyée par la douleur et façonnée 
par le sacrifice, était trop haute pour ne pas répon- 
dre avec entrain à la voix de Dieu qui l'appelait à 
de nouveaux dévouements. En hâte, la courageuse 
femme assembla ses hardes, s'arracha des bras de 
sa famille en pleurs et, emportant sous le bras un 
panier de linge, se rendit avec son fils à Turin, fai- 
sant le voyagea pied comme les pauvres et les apô- 
tres. En route, un prêtre, à défaut d'argent, leur 
fit aumône de sa montre. 

Leur future habitation au Valdocco consistait 
en deux chambres à coucher, dont l'une devait 
aussi servir de cuisine. Le mobilier se composait 
de deux petits lits, deux chaises, un coffre, une table, 
une marmite et quatre assiettes. « Si tu devenais 
richejenete verrais plus », avait dit Marguerite 
Bosco. Ayant fait du regard l'inventaire de cette 
installation sommaire, elle se sentit chez elle près 
de son fils pauvre, entouré d'enfants encore plus 
pauvres. 

Pour venir en aide à son fils, assailli depuis lors 
par les créanciers, elle vendit ce qui lui restait : 
quelques lopins de terre et son trousseau de mariée. 
Désormais, elle sera toute aux enfants adoptifs de 
son Jean ; elle sera : « Maman Marguerite ». 

Don Bosco rétablit les classes du soir ; ses meil- 
leurs élèves furent initiés à l'art de faire l'école et 
les cours s'ouvrirent dans sa chambre, dans la cui- 
sine, dans la sacristie, au besoin dans la chapelle. 
Les disciples augmentaient sensiblement. 

En même temps que la nécessité d'agrandir les 
locaux, un autre problème se posa devant l'homme 
de bien : l'urgence de créer un internat. Il constatait 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 15 

avec douleur que trop souvent le bien réalisé était 
vite défait par les influences pernicieuses de la 
rue et de l'atelier. Garder les enfants dans le patro- 
nage et leur fournir l'occasion d'apprendre un métier 
dans la maison même, c'était le remède tout indiqué. 
Mais comment réaliser cette œuvre impérieuse sans 
ressources aucunes ? 

La Providence mènera Don Bosco vers la solution 
en mettant le cœur de l'apôtre devant l'impossi- 
bilité d'éconduire une grande misère. Ce fut un soir 
de mai 1847, qu'un pauvre apprenti maçon, de 
15 ans, vint timidement demander un morceau de 
pain. Le pauvre enfant, trempé jusqu'aux os, trem- 
blait de froid et de faim ; il était sans ressources, 
sans travail et sans abri. Pour Don Bosco et sa mère 
il n'y avait pas moyen de résister à cet appel de la 
souffrance : le matelas du prêtre servit de couchette 
au premier pensionnaire. Quelques semaines plus 
tard, un second orphelin fut ramassé sur la voie pu- 
blique et, en peu de temps, sept autres petits, tout 
aussi intéressants, furent amenés à maman Margue- 
rite. 

Le modeste logis du Valdocco ne tarda pas à 
devenir trop exigu pour recevoir les nouvelles re- 
crues. Comme on ne pouvait renvoyer celles-ci, il 
fallut agrandir. La maison Pinardi était à vendre ; 
le propriétaire en demandait 80. 000 francs. Or, la 
caisse, de l'oratoire était vidée au fur et à mesure par 
le boulanger seul. 

Don Bosco, se fiant à la richesse et à la généro- 
sité du Seigneur, acheta l'immeuble qui s'offrait. 
Ses calculs étaient des plus justes : les aumônes 
affluèrent subitement et la maison fut payée en quel- 
ques jours. 



16 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 






L'affluence toujours grandissante des jeunes gens 
fit établir un second patronage au midi de Turin et, 
deux ans après, un troisième, sur un autre point 
de la ville. 

Le besoin de chausser et d'habiller tout ce petit 
monde en même temps que la généreuse pensée d'i- 
nitier toute cette jeunesse à la vie d'ouvrier par 
l'apprentissage systématique donna naissance d'a- 
bord aux ateliers des tailleurs et des cordonniers. 
A quelques semaines de là, les relieurs, les mécani- 
ciens et d'autres corps de métier ajoutèrent leurs 
notes joyeuses à ce bruyant concert de fières acti- 
vités. 

La pieuse société Salésienne. — Les Sœurs 
de ÏYlarie-Auxiliatrice. 

L'activité de Don Bosco, quelque grande qu'elle 
fût, ne suffisait plus à tant d'oeuvres diverses qui 
vinrent se grouper autour du premier patronage. 
Dans les commencements, quelques prêtres de Tu- 
rin avaient assez généreusement prêté leur concours. 
Mais cet appui parut bientôt précaire et. en tout cas, 
insuffisant. D'ailleurs, toute œuvre nouvelle a son 
esprit particulier ; pour le comprendre, se l'assi- 
miler et le transmettre, il faut avoir reçu une for- 
mation spéciale. Aussi, il tardait à Don Bosco de 
pouvoir recruter ses auxiliaires parmi ses propres 
enfants et sa principale préoccupation fut-elle de 
faire naître des vocations et d'élever ses enfants au 
sacerdoce. 

Dès le début, nous l'avons vu, il s'était fait aider 
par les meilleurs de ses élèves. Il s'en alla chercher 
aussi des sujets intelligents et vertueux parmi les 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 17 

grands élèves des Frères des Écoles chrétiennes. A 
ces Maeslrini ou petits maîtres Don Bosco vouait 
ses plus grands soins ; il les formait à l'art d'ensei- 
gner et de conduire les autres ; il leur communi- 
quait, avec son ardent amour du bien, ses procédés 
de vigilante bonté. Après quelques tentatives in- 
fructueuses, le saint prêtre parvint à se les adjoindre 
définitivement. Ainsi naquit la nouvelle congré- 
gation religieuse des Salésiens ou la Pieuse Société 
Salésienne. En 1862 ils étaient vingt-deux à émettre 
leurs premiers vœux. Ce nombre atteignit les 3.000 
à la mort du Fondateur, en 1888. Actuellement ils 
sont près de 5.000. 

Dieu bénissait visiblement l'initiative de Don 
Bosco. De plusieurs villes la demande lui arriva d'en- 
voyer des disciples pour y réaliser le bien accompli 
à Turin. Dans les principales villes italiennes, d'a- 
bord, s'ouvrirent des patronages et des écoles pro- 
fessionnelles où les jeunes gens accoururent pour 
apprendre, sous la direction de maîtres experts et 
dévoués, qui un métier, qui les notions capables 
d'ouvrir les portes des séminaires ou les professions 
libérales. L'œuvre franchit bientôt les Alpes ; la 
France, la Belgique, l'Espagne, l'Angleterre virent 
tour à tour éclore les mêmes espérances et se pro- 
duire les mêmes fruits à la faveur de la nouvelle mé- 
thode d'apostolat. De l'Europe la généreuse idée 
de Don Bosco s'en alla féconder les immenses 
régions de l'Afrique, de l'Asie, de la Patagonic et de 
l'Argentine. 

L'œuvre accomplie auprès des jeunes gens reçut 
en 1872 un complément par une fondation ana- 
logue pour venir en aide aux jeunes filles : ce fut 
celle des Saurs de Marie- Auxiliatrice. 

LES II'LE* l'Ll AOOGiyi'ES DE DO-N BOSGO . — 2 



18 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON DOSCO 

Une jeune personne, dont le dévouement égalait 
la solide piété, Marie Mazarello, avait fondé au Val 
de Mornèse,en Italie, un petit oratoire et un ouvroir. 
Elle y apprenait aux jeunes filles à coudre et aussi 
à se conduire selon le catéchisme, qu'elle leur expli- 
quait entre deux travaux d'aiguille. La congréga- 
tion de jeunes filles à laquelle appartenait Marie 
Mazarello, à la demande de leur directeur, le curé 
du Val de Mornèse, s'affilia à la congrégation des 
Saîésiens. Don Bosco la plaça sous le patronage de 
Marie Auxiliatrice. Infusée d'une vigueur nouvelle, 
la nouvelle congrégation prit, comme l'oratoire du 
Valdocco, une extension prodigieuse. Ses membres, 
actuellement au nombre de 4.000, ont édifié des 
œuvres de relèvement et de préservation sociale sur 
tous les continents. 

En marge de ces deux congrégations florissantes, 
et pour leur donner un appui solide dans la société, 
Don Bosco fit surgir une troisième armée d'apôtres, 
composée de laïques: ce fut î' Association des Coopé- 
raleurs Saîésiens. 

Dans une grande conférence que Don Bosco fit, 
en 1873, à ses collaborateurs, il la leur annonça 
comme devant être la providence de sa congréga- 
tion et le plus ferme soutien de ses entreprises. Il 
voulait aussi par ce moyen fournir à un grand nom- 
bre de chrétiens l'occasion de prendre part aux 
œuvres de zèle et d'aider au sacerdoce les jeunes 
gens pauvres. 

Le pape, après bien des évêques, approuva l'œu- 
vre et l'enrichit des indulgences accordées aux ter- 
tiaires de Saint-François-d'Assise. 

Une revue mensuelle des œuvres salésiennes fut 
fondée. Ce Bulletin Salésien est envoyé aux coopé- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 19 

rateurs pour éclairer et ranimer leur zèle. Il s'im- 
prime à Turin en neuf langues différentes et envoie 
à des centaines de mille de lecteurs, avec l'écho des 
œuvres, la bonne semence évangélique. 



A côté de l'école et de l'atelier, 
l'église et l'imprimerie. 

Don Bosco, dans les embarras financiers et autres 
qui le poursuivirent toute sa vie, comme dans les 
effusions de sa tendre piété pour la Mère du Christ, 
aimait beaucoup invoquer celle-ci sous le vocable 
de Marie Auxilialrice. Aussi rêvait-il d'élever à la 
Vierge un temple où le peuple chrétien viendrait 
prier celle dont le secours n'a jamais été imploré 
en vain. 

Le cœur du pieux prêtre rêvait l'œuvre grandiose, 
mais les ressources étaient nulles. N'importe 1 En 
posant la première pierre. Don Bosco avait en poche 
« huit sous », mais dans l'âme il avait la foi qui 
transporte des montagnes. Marie est très riche, se 
dit-il. 

Et, comme il avait bien auguré de la richesse de 
son fils, lors de l'achat de la maison Pinardi, cette 
non plus sa confiance filiale ne fut pas confon- 
due. La future basilique demandera plus d'un mil- 
lion ; grâce aux dons qui aflluèrcnt de toutes parts, 
elle put s'achever en moins de quatre ans, en 1868. 

Ce succès de Don Bosco n'échappa pas auComité 
qui s'était fondé à Rome pour édifier sur le mont 
Esquelirt une église en l'honneur du Sacré-Cœur. 
Cette œuvre, toute opportune qu'elle était, dut 
être interrompue, faute de ressources Suffisantes. 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

Le Pape Léon XIII, qui s'intéressa beaucoup à 
l'achèvement de ce sanctuaire, pria Don Bosco de 
prendre le bâton du pèlerin et de s'en aller quêter 
les sommes nécessaires. C'était en 1880 ; Don Bosco 
était vieux et fatigué. Mais le Saint Père avait parlé 
et il s'agissait d'honorer le Sacré-Cœur à qui la ville 
éternelle n'avait pas encore érigé un temple. Don 
Bosco accepta ce fardeau bien lourd pour ses 65 ans 
et jusqu'en 1887, quelques mois avant sa mort, 
il s'en alla par les routes de l'Italie, de la France et 
de l'Espagne. Dans les principales villes de ces pays 
sa voix fut entendue avidement par les foules accou- 
rues au renom des vertus de Don Bosco. Le vieil- 
lard parlait d'abondance, sans préparation, simple- 
ment. Ce n'était pas son éloquence qui gagnait les 
cœurs, c'était sa sainteté. La plaisanterie même 
s'alliait à sa bonne humeur. « J'entends répéter, dit- 
il, qu'on persécute l'Église ; mais c'est l'Eglise qui 
me persécute ». A Avignon, à Lyon, à Paris, il fut 
l'objet d'un culte ; on coupait des morceaux de sa 
soutane pour en faire des reliques. » « Si du moins, 
dit-il en souriant, on m'en donnait une neuve. » 



Malgré les multiples travaux, l'établissement de 
deux congrégations religieuses, l'érection d'églises, 
la fondation de nombreux patronages et la pré- 
paration de missions lointaines, Don Bosco consa- 
crait une bonne partie de ses jours et de ses nuits 
à écrire. Par la plume autant que par la parole il 
entendait servir l'église, combattre l'erreur et récon- 
forter les âmes. 

Son expérience des nécessités de l'heure lui avait 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 21 

fait entrevoir — à côté de l'école, de l'atelier et de 
l'église — cette autre grande puissance moderne : la 
presse. « Prévenons le péril, ne cessait-il de répéter, 
et tenons-nous prêts à opposer à l'école et à la presse 
impies l'école et la presse catholiques. » 

La plume que prit Don Bosco étant au séminaire 
pour esquisser la biographie d'un de ses amis ne 
s'arrêta pas d'écrire pendant quarante-cinq ans. 
Les besoins de son époque furent les inspirateurs 
de ses œuvres diverses. 

Le protestantisme livrait à ce moment de rudes 
assauts à l'Église catholique dans le nord de l'Italie. 
A la propagande protestante par la brochure Don 
Bosco opposa les Lectures catholiques. A lui seul il 
composa plus de 100 tracts de cette collection inté- 
ressante qui compta bientôt 14.000 abonnés. En 
1853 il répondit à « l'Ami du foyer», que les sectes 
protestantes distribuaient à foison, par le premier 
Almanach catholique de l'Europe. 

Les élèves de ses écoles eux aussi réclamaient des 
ouvrages classiques appropriés. Don Bosco put les 
satisfaire en même temps que les apprentis de ses 
ateliers d'imprimerie qui réclamaient de la copie. Il 
composa une Histoire de l'Italie puis une Histoire 
sainte également appréciées. 

Pour réaliser toutes ces œuvres, Don Bosco trouva 
un auxiliaire précieux d'abord en son règlement de 
vie qui ne lui permettait pas de consacrer plus de 
cinq heures - u sommeil. Et encore cette limite 
fut-elle rarement atteinte. 

Un autre auxiliaire qui lui permit d'atteindre 
cette grande clarté, faite de simplicité et de bon- 
homie, et qui fit de lui un réel écrivain populaire, 
ce fut sa mère. Don Bosco, comme d'autres écri- 



22 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

vains ou artistes qui se fièrent au jugement de leur 
servante, s'en remettait à l'opinion de Maman Mar- 
guerite, femme sans lettres mais d'un goût sûr. 

Malheureusement il ne garda pas longtemps ce 
soutien précieux. Dans l'hiver de 1856, la brave 
femme tomba malade et demanda à son fils les 
derniers sacrements. Elle expira, comme une sainte, 
au milieu des enfants adoptifs dont elle était la 
Providence visible. Pauvre, comme son fils, elle ne 
laissa en mourant que les quelques sous qu'on lui 
avait donnés pour s'acheter une nouvelle coiffe et 
qu'elle n'avait pas eu le temps de dépenser pour ses 
orphelins. 

Les luttes. — Les éclats de la grâce. 

Si le divin Sauveur avait trouvé quelque chose 
de meilleur que la croix pour sauver le monde, il 
nous l'aurait enseigné par sa parole et ses exemples. 
Or, continue l'auteur de Y Imitation, il est mort 
sur la croix et il invite tous ses fidèles serviteurs à 
porter la croix. Il ne faut donc pas s'étonner que 
Don Bosco fut constamment sur le mont de Geth- 
sémani. 

Tant d'œuvres menées de front avec les ressources 
infimes d'un homme de grand vouloir mais dénué 
de tout bien ne se réalisèrent pas sans de grandes 
difficultés. Sans reparler des embarras financiers, 
qui semblaient ne pas exister pour ce pauvre obs- 
tiné à dépenser des millions, il nous faut, sous peine 
d'amoindrir cette grande figure, dire quelques mots 
des luttes qu'il soutenait contre des ennemis nom- 
breux. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 23 

Il eut d'abord à souffrir de ces entraves particu- 
lièrement pénibles qui viennent des hommes de bien, 
amis mêmes s'opposèrent parfois à ce qu'ils 
appelaient sa folie. Devant les difiicultés rei 
trées, lors du premier patronage, ils lui dirent:*- Ne 
gardez qu'une vingtaine d'enfants et renvoyez les 
autres. Vous ne pouvez faire l'impossible et la 
divine Providence elle-même paraît vous indiquer 
qu'elle ne veut pas votre œuvre. » 

« La divine Providence ! riposta Don Bosco, m'en- 
voie des enfants et me donnera aussi tout ce qui 
leur est nécessaire. » Et à cette heure même Don Bos- 
co développa devant ses amis ses gigantesques 
projets avec une conviction et une foi qu'ils prirent 
pour de l'exaltation. Il n'en fallait pas douter, le 
pauvre prêtre perdait la raison. Aussi toutes les dis*- 
lions furent prises pour l'enfermer dans une 
maison de santé. 

Don Bosco qui, sa vie durant, sut mettre la note 
et juste sur les incidents les plus divers, joua 
si bien les charitables conducteurs qui durent le 
ter dans la pension salutaire, qu'on faillit les y 
ier en sa place ! 
L'année 18G6 fut une des plus douloureuses pouf 
Bosco. Les ministres piémontais,déjà enguei re 
tre le Pape, cherchaient à prendre en défaut le 
:; fondateur qu'ils accusaient d'entretenir une 
ndance secrète avec le Pape et les évô* 
. On multipliait les perquisitions dans sa mai* 
: on voulait à tout prix trouver des L 
d'une conspiration. 

Un jour, Don Bosco, à bout de patience, s'en vint 
le comte Cavoui qui, en maintes circonstan- 
cié de la s} mpathic et lui annon- 



LES IDÉES PÉDAGOOIQUES DE DON BOSCO 



ça son intention de se décharger en ses mains du 
soin de tous ces orphelins. Cette solution, inattendue, 
fit réfléchir le Ministre et, si elle ne mit pas fin aux 
persécutions, elle les rendit moins ouvertes. 

L'établissement de l'œuvre bienfaisante du Val- 
docco n'était pas sans soulever bien des haines 
antichrétiennes et, plusieurs fois même, la vie du 
fondateur courut de sérieux dangers. L'émancipa- 
tion des Israélites et des Vaudois réalisée par Char- 
les-Albert avait remué les plus mauvais instincts 
dans le bas peuple et les plus perfides calomnies 
étaient habilement semées contre le clergé par les 
sociétés secrètes. 

Au surplus, le quartier du Valdocco, alors mal 
famé, était le repaire naturel d'une foule d'indus- 
tries équivoques que dérangeait la présence de 
l'homme de Dieu. 

Ces diverses circonstances expliquent en partie 
pourquoi on s'acharna si furieusement contre ce 
pauvre prêtre. On ne lui épargna ni calomnies, ni 
guet-apens, ni attaques à mains armées. 

Don Bosco ne fut guère ému de tant d'attentats ; 
rien n'était capable de le retenir lorsqu'il s'agissait 
de- l'exercice du saint ministère ou de l'intérêt des 
enfants. La Providence veillait sur sa vie ; d'une 
manière miraculeuse, plus d'une fois, elle vint à son 
secours, entre autres par la voie d'une bête étrange, 
un chien inconnu qui émergeait de l'ombre au 
moment du danger. D'autres fois la grâce agissait 
sur les malfaiteurs et bien souvent Don Bosco vit 
s'abaisser le bras levé contre lui sous la bénédiction 
qu'il donna au brigand soudainement converti. 

Ces faits merveilleux sont loin d'être isolés dans 
la vie de Don Bosco. En ce xix e siècle, qui vit s'éle- 



NOTICE BIOORAPHIQUE 25 

ver tant d'oeuvres d'amour et tant d'oeuvres de 
haine, où la lutte entre le bien et le mal sous tous les 
aspects a atteint un état aigu, Dieu sembla affirmer 
par Don Bosco, comme par le curé d'Ars, comme 
par Lourdes, la pérennité de son triomphe en la glo- 
rieuse vitalité de son Église. Les miracles, si l'on 
peut se servir de ce mot avant que Rome l'ait per- 
mis, le miracle éclatait sur les pas de cet homme 
providentiel : visions, prophéties, songes déconcer- 
tants de lucidité, phénomènes de double vue, lec- 
tures dans les consciences, guérisons subites, mul- 
tiplications de pains, tous ces faits qui semblent 
relégués parle scepticisme moderne à l'époque des 
légendes dorées environnent comme d'une auréole 
moyenâgeuse le front de ce saint contemporain. 
C'est au point que le cardinal Vives y Tuto, le dé- 
fenseur devant les tribunaux romains de la cause 
du serviteur de Dieu, pouvait dire : » Je puis vous 
affirmer que dans aucune vie je n'ai relevé une place 
aussi grande faite au surnaturel. Dans l'existence de 
Don Bosco, c'est chaque jour que le ciel intervient, 
et ses façons d'intervenir semblent infinies. » 

Le plus grand miracle qu'ait réalisé Don Bosco 
c'est d'avoir pu traîner le fardeau qui pesait sur lui 
jusqu'à un âge aussi avancé. 

Le jour où il put se reposer de tant de travaux 
et incliner la tête sur tant de bien sonna pour lui 
au mois de janvier 1888. 

La bonne humeur lui resta comme une fidèle 
compagne jusqu'au bord du tombeau. Il plaisantait 
les douleurs de son corps qui allait s'exténuant. 
Dans cette enveloppe guettée par la mort, l'âme 
apparaissait plus rayonnante que jamais. Douce, 
humble, résignée, intimement unie à Dieu, constam- 



20 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

ment traversée de projets apostoliques, conservant 
jusqu'au bout le sourire, l'âme de Don Bosco offrit, 
pendant une lente agonie de plusieurs semaines, 
le spectacle du juste qui s'endort dans le baiser de 
son maître. 

Ii s'éteignit le matin du 31 janvier 1888, à l'heure 
de l'angelus. 

Il laissait au monde une grande œuvre de la cha- 
rité chrétienne, à ses disciples le modèle d'une vie 
apostolique, aux enfants du Valdocco une immense 
douleur. 

Le jour de sa mort il fallut prier le boulanger de 
ournir le pain à crédit pour nourrir les 700 bouches 
de l'oratoire de Turin. 

Quand cet ami des pauvres fut conduit à sa der- 
nière demeure, la ville de Turin tout entière voulut 
se porter au passage de son grand bienfaiteur. Il 
ment monarque reçut un témoignage d'amour et de 
vénération comme cet enfant du peuple que 
orphelins escortaient en pleurant. 

L'Église, témoin de toute la vie de ce chrétien, 
juge de tous les actes de cet apôtre et écho ému des 
merveilles qui vivifient son tombeau à V&lsaljce, 
lui a décerné, en 1907, le titre de Vénérable, en intro- 
duisant la cause de béatification. Elle ne tardera 
pas à se prononcer définitivement sur la saint- té 
de ce grand serviteur de Dieu. 

Don Bosco n'appartient pas seulement à l'Église ; 
il appartient aussi à la pédagogie. Les œuvres qu'il 
a fondées attendent aussi que l'on affirme un juge- 
ment. Montrer quelle place lui revient dans l'histoire 
de la pédagogie, voilà l'objet de la seconde partie 
de cette étude. 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES 



DE 



DON BOSCO 



1. Don Bosco pédagogue. 

« La première question qui se pose, quand on étu- 
die les systèmes d'éducation, dit Compayré, c'est de 
savoir comment les auteurs de ces systèmes sont 
devenus pédagogues. Les meilleurs peut-être sont 
ceux qui le deviennent pour avoir beaucoup aimé. » 

S'il en est ainsi, Don Bosco doit être placé au pre- 
mier rang des pédagogues, car, comme Pestalozzi,il 
fut amené par son grand cœur à s'occuper des en- 
fants abandonnés, et c'est l'amour des enfants qui 
lui ouvrit rets de l'art de les élever. 

De même que le philanthrope de Xeuhof, Don 
Bosco lit à Turin « un essai de régénération morale 
et matérielle, par le travail, par l'ordre, par I 
traction », mais ses visées ne s'arrêtèrent ; 
relèvement purement humain. 

Chrétien et prêtre, il voulut r dans Va 

enfants l'image du ciirisi. Idéal de toute perfeci 
tion, et, renouant la tradition de sou compatriote 
saint Charles Berromée, baigner son œuvre dans la 
grâce divine, i Pfl , selon le saige Salomon, 

sapience n'entre point en l'âme malivole,et science 
sans conscience n'est que ruyne de l'âme. il convient 
servir, aymer et craindre Dieu. » (Rabelais.) 



28 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

C'est à cette lumière qu'il faut examiner l'œuvre 
de Don Bosco, comme celle des saints Fondateurs 
des siècles précédents : Pierre Fournier, Ignace de 
Loyola, Jean-Baptiste de la Salle, Saint Vincent de 
Paul, la Mère Julie Billiart et tant d'autres. 

Héritier de leur zèle et de leurs méthodes, Don 
Bosco, devant l'inquiétude sociale de son siècle 
qu'éveillent la crise de la famille, la crise de l'école, 
la crise de l'autorité, la crise de l'apprentissage, 
adaptera leur œuvre aux nécessités présentes, avec 
cette intuition frappante qu'ont toujours eue les 
Messagers de la Providence. 

Placé entre les deux grands courants pédagogi- 
ques du xix e siècle, le courant matérialiste, dérivant 
de Goménius et aboutissant par Frœbel à Montessori, 
et cet autre, spiritualiste, avec Wilman, Habrich et 
Fœrster,il formulera une méthode éclectique, faite 
de bon sens, accordant aux corps ce qui leur revient 
et vouant à l'âme, comme à la partie la plus noble 
de l'homme, le meilleur des soins. « Il est hors de 
doute, dit F. Collard dans son Histoire de la pédago- 
gie, que l'éducaton morale devra avoir le pas sur 
l'éducation intellectuelle, que la question finale et 
dernière de l'instruction n'est pas : qu'est-ce que les 
enfants savent ? mais bien : qu'est-ce qu'ijs seront 
dans la vie ? » 

L'éducation pour Don Bosco ne sera donc pas le 
simple « dressage », ni l'effort persévérant et métho- 
dique pour « faire passer le conscient dans l'incons- 
cient ». Avec Spencer, il y voit « la préparation à la 
vie complète », et nous saurons ce que Don Bosco 
entend par là. Avec Guyau (Education et Hérédité, 
préf. IX),il donnera à l'éducation un but individuel 
et social ; elle sera « la recherche des moyens de 



LE^ IDÉES PÉDAGOGIQUES DE I ON BOSCO 29 

mettre d'accord la vie individuelle la plus intense 
avec la vie sociale la plus étendue ». Mais cette vie 
individuelle n'aura toute son intensité que lorsque 
la vertu communiquera sa puissance à toutes ses 
œuvres et elle n'atteindra son extension sociale 
parfaite que dans le rayonnement de l'amour sur- 
naturel. 

Si, comme on le fait souvent, le nom de pédago- 
gue reste réservé aux écrivains traitant théorique- 
ment de l'art et des méthodes d'élever les enfants, 
Don Bosco ne peut pas être rangé parmi les auteurs 
pédagogiques, car il a écrit très peu sur cette 
science. Mais, quoi qu'il en soit, il a une place émi- 
nente parmi les éducateurs, et c'est tant mieux. Ne 
vaut-il pas mieux produire la vie que d'en décrire 
les lois ? Les théoriciens abondent mais les réalisa- 
teurs sont peu nombreux. L'artiste qui compose une 
œuvre musicale n'est-il d'ailleurs pas supérieur au 
théoricien qui met à point une loi del'acoustique et 
le peintre des toiles de valeur n'est-il pas au-dessus 
du savant qui ferait une nouvelle classification des 
couleurs ? 

Or, voyons quelle fut cette œuvre superbe de Don 
Bosco. Elle dépasse même les murs de l'école. Sa 
pédagogie pour la vie l'amena à devenir sociologue. 
Ce n'est pas l'intelligence de quelques écoliers qu'il 
veut orner ; il rêve la restauration dans le Christ de 
la société ouvrière. 

Quelle fut la mission de Don Bosco ? 

Arracher la jeunesse ouvrière aux ennemis de son 
bonheur, l'ignorance, la pauvreté, le vice, l'esprit 
d'indépendance, l'incapacité professionnelle, l'isole- 
ment, — pour l'abriter dans des œuvres de protec- 
tion où elle trouverait l'instruction qui éclaire, la 



30 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

doctrine qui change les cœurs, la discipline qui trem- 
pe les volontés, renseignement professionnel qui 
arme pour la vie, l'atmosphère de la famille qui épa- 
nouit l'âme, et le pain quotidien qui fortifie les 
corps. 

Une à une toutes les œuvres de Don Bosco sont 
sorties de ce souci fondamental, de cette tâche assi- 
gnée par Dieu à son serviteur. Une à une aussi, cha- 
cune de ces œuvres trouva dans le monde des cœurs 
dévoués pour lui prêter leur concours et travailler 
&U salut de la jeunesse ouvrière sur les indications 
du grand éducateur (1). 



2. L'œuvre de Don Bosco. 

La première partie de ce travail nous a montré le 
cadre dans lequel fut tracée l'œuvre de Don Bosco : 
la ville naissante de Turin, en 1841. 

Pour comprendre toute la grandeur du travail, 
il nous faut aussi évoquer rapidement le milieu 
dans lequel l'œuvre se réalisa : l'Italie du milieu 
du xix e siècle. 

L'Italie a eu de tous temps des pédagogues re- 
rriarquabl es, entre autres. à la fin du moyen âge, Vic- 
torin de Fellre,et, à l'époque de la Renaissance: 
Gastiglione, Piccolomini, Charles Borroméc, etc. (2). 

Les salles d'asile ont trouvé dans Aporti (1791- 
1858), surnommé le père de l'enfance, un protecteur 
dévoué. Dès 1827, il ouvrit à Crémone une école 
d'enfants où, sans le savoir, il appliquait les princi- 
pes auxquels Frœbel devait plus tard donner corps. 

(1) Don Bosco. Maison Ozanam, Paris. 

(2) Voir Bulletin Salésien, octobre 1909, p. 260. 



LF.S IDÊRS PÉDAGOGIQUES T^E DON ROSCO 31 

Son œuvre s'étend aujourd'hui à plus de trois mille 
écoles. 

Toutefois, jusqu'en ces derniers temps, l'Italie 
n'eut pas de système national d'enseignement. La 
loi scolaire de 1859 ne sortit tous ses effets qu'en 
1895. Mais les récents progrès réalises ont été pro- 
fonds et nombreux ; le pays du Dante semble en ce 
moment en pleine renaissance pédagogique. Sans y 
insister davantage, mentionnons Montessori, dont 
le nom brille d'un éclat spécial parmi les pédago* 
giièâ italiens contemporains, les Gioberti, Rosonini, 
Berti, Tommasco, Fusco, Lambruschini, Ridolfi, 
Casanova, Latino et Imperatori (1). 

Le dévouement des établissements religieux n'a 
d'ailleurs jamais fait défaut au pays des papes. Mais 
l'Italie, comme bien d'autres p:iys, souffre, malgré 
la généralisation de l'instruction, d'un mal pro- 
fond : l'abandon de l'enfant du peuple, du futur 
ouvrier. 

« Autrefois, à une époque qui n'est d'ailleurs pas 
si éloignée de nous, chaque patron avait autour de 
son établi au moins un apprenti, parfois p 
auxquels il apprenait consciencieusement tous 

[s et tous les secrets du métier. L'apprenti était 
traité d'une façon paternelle, comme l'enfant à la 
maison. 

« Aujourd'hui, ce système n'est plus, pour la 
plupart des professions, qu'un fait historique. 

« La séparation entre le maître et son ouvrier, an- 
cien ou novice, es» trop tranchée, le nombre des 
ouvriers d'un atelier esttrop considérable pour que 
le chef d'industrie puisse encore se tenir en rapport 

(1 1 Util -ire de Vins!. 



32 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

constant avec chacun de ses ouvriers, être pour les 
jeunes à la fois un patron et un instituteur.» (Rap- 
port O. Pyfferœn, 1895.) 

Partant du principe qu'il est du devoir de l'auto- 
rité de garantir à tout citoyen le plein exercice de 
sesdroits,laRévolution française,reprenant la théo- 
rie de Turgot, accorda à l'ouvrier d'exercer le métier 
qui lui plairait. Dès lors l'ouvrier fut plus libre, il 
est vrai, mais aussi plus faible et moins préparé. Le 
machinisme du xix° siècle pouvait en réalité se 
contenter dans bien des cas d'ouvriers-outils, mais 
la question reste entière de savoir si l'ouvrier y ga- 
gna en dignité. Les chefs de l'industrie se sont 
plaints, bien des fois, de la préparation médiocre de 
l'apprenti et, de divers côtés, on a cherché à remé- 
dier à ce mal dans l'intérêt tant de l'ouvrier que de 
l'industrie. L'école à l'usine, que l'on a préconisée 
d'abord, n'a donné que de faibles résultats. De nos 
jours, dans bien des pays, un courant se dessine 
pour mettre l'usine à l'école. Ce nouveau système, 
qui tend àfonder l'éducation entièresur le dévelop- 
pement manuel et l'exercice des sens, ne manquera 
pas d'accentuer la matérialisation de notre siècle. 
Des éducateurs y voient, avec Herbart, une atteinte 
à la dignité humaine et jugent avec raison que 
l'école doit avant tout développerles facultés supé- 
rieures de l'homme: l'adolescent intellectuellement 
bien formé aura toujours une avance sur l'apprenti 
précoce et ignorant. 

Don Bosco, avec cette intuition que Dieu donne 
à ses apôtres, s'était penché sur les misères de 
l'ouvrier et avait trouvé dans son cœur le remède à 
la triste situation que Léon XIII, quelque vingt ans 
plus tard, signalait à l'attention du monde entier. 



LES IDÉES IÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 33 

Dans l'espace de cinquante ans, les œuvres de 
Don Bosco, qui se multiplièrent d'une façon pro- 
digieuse sous tous les climats, vinrent en aide aux 
enfants du peuple, sous forme d'institutions variées, 
mais visant toutes à faire de ces petits des chré- 
tiens robustes, des ouvriers instruits, des citoyens 
fiers et dévoués. 

«Ces œuvres en faveur delà jeunesse sont au nom- 
bre de sept : les patronages, les écoles professionnel- 
les, les écoles primaires et secondaires, les colonies 
agricoles, les maisons de famille, et enfin l'œuvre des 
vocations tardives. Toutes s'inspirent des besoins 
du milieu où elles surgissent. 

« Dans les grandes cités modernes, où, parun en- 
semble de circonstances d'ordre moral et économique, 
la famille en ie disloquant livre insensiblement l'en- 
fant à tous les périb de la rue tt des mauvaises ami- 
tics, il fallait de toute urgence offrir à ces pauvres 
petits un refuge où ils trouveraient une part d'affec- 
tion comme dans la famille, u de discipline 
comme à l'école, et une part de liberté con 
dans la rue, et où on se préoccuperait de rapproi 
de Jésus-Christ par la parole de Dieu et les sacre- 
ments leurs âme es : et ce. fut le Patro; 

«Mais le patronage, même appuyé de classes pri- 
maires, même prolonj é par le cours du soir i 

avoue impuissant de> ant certain* s enfance > 
malheureuses. A 1*oj Igine detoutésles jeunessescou- 
pables, a écrit quelqu'un, on trouve une famille 
défaillante, c'esl -à-dire une famille qui manqu< 
par la mort, L'éloignement ou la désertion, suit par 
l'indignité du père <>u de la mère ; une famille dé- 
faillante, c'est-à-dire encore une famille où la misère 
s'est installée. 11 est donc nécessaire de recueillir 

LEb — 3 



34 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

l'enfant, dans l'intérêt de son âme, d'abriter com- 
plètement ses jours et ses nuits. C'est de ce souci que 
sont nés les oratoires ou orphelinats salésiens, vastes 
internats, où, selon leurs aptitudes, les enfants se 
voient aiguillés soit vers l'école professionnelle, où 
en quatre ans ils deviendront des ouvriers accomplis, 
soit vers la culture des champs, s'ils, sont d'origine 
rurale ou témoignent de dispositions agricoles, soit 
vers les études secondaires, si leur esprit alerte se 
passionne pour l'étude et semble les prédisposer à 
quelque carrière libérale. 

a Au sortir de ces maisons d'éducation, et pour 
remplir l'entre-deux qui sépare ces adultes de leur 
établissement définitif dans la vie, des maisons de 
famille leur offrent,non seulement le vivre et le cou- 
vert à des prix très doux, mais encore la protection 
morale, et le conseil vigilant d'éducateurs zélés (1). » 

Le programme de Don Bosco est unique : le mé- 
tier est le but direct de son enseignement. On veut 
rendre à la société, sans autre intermédiaire, des 
enfants ayant reçu un enseignement industriel pri- 
maire qui puissent immédiatement gagner leur vie 
de façon honorable. Leur apprentissage doit donc 
être poussé à ses dernières limites ; l'instruction 
primaire des classes n'est là qu'une préparation. 

A tout bien considérer, l'organisation dans ces 
maisons de Don Bosco correspond à un besoin spé- 
cial de la société : christianiser l'ouvrier. 

Dans chaque établissement deux sections princi- 
pales : Environ la moitié des enfants est destinée au 
travail des ateliers. L'autre moitié se compose de 
ceux qui, âgés de moins de 13 ans, suivent un cours 
primaire et aussi de ceux qui, bien doués du côté 

(î) Don Bosco. Maison Ozanam. 



UE3 DE DON BOSCO 

de l'intelligence, suivent des cours d'enseignes 

secondaire. 

Parmi ceux-là se recruteront des citoyens qui 
font honneur a l'Œuvre dans toutes les professions, 
lères Libérales, armée, clergé ; la pieu.se union 
salésienne ne se recrute pas autrement. 

De ce rapprochement entre l'ouvrier du travail 
manuel et l'ouvrier de la pensée ne peuvent résulter 
que les conséquences les plus heureuses pour l'ave- 
nir. Là pourrait être une des clefs du socialisme chré- 
tien que d'aucuns, suivant la ligne de conduite tra- 
cée par le Souverain Pontife Léon XIII, appellent 
de leurs vœux. 

Il y a communauté absolue de régime entre eux 
et ceux qui restent des apprentis. Ils sonttraités sur 
le même pied d'égalité, ils doivent vivre comme des 
frères. Les professeurs ou chefs d'ateliers sortent 
du rang, ils ont été élevés par charité comme leurs 
élèves. Les métiers qu'ils enseignent de préférence 
sont ceux de typographe, de menuisier, de tailleur, de 
relieur, de cordonnier, de serrurier, de mécanicien. 

Les ouvriers quitteront le bercail experts en leur 
profession et possesseurs d'un petit capital. Une 
gratification de 10 0/0 sur une journée ordinaire 
est en effet allouée aux apprentis. La moitié de cette 
gratification est remise à l'apprenti en bon argent, 
l'autre est portée à la masse, et ne sera acquise qu'à 
la fin de l'apprentissage. Ils possèdent également des 
livrets de Caisse d'Epargne, car le goût de l'écono- 
mie leur est inculqué :1e moindre dépôt, ne fût-il 
que de 10 centimes, est favorisé, si bien qu'une 
fois sortis de la maison, ils sont à même, s'ils n'y de- 
meurent pas en qualité de prêtres, oa de profes- 
seurs, de se tirer d'affaire. 



36 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

La situation peut se résumer en deux mots : on 
prend un enfant abandonné sur le pavé, et qui de- 
viendrait sans doute un sacripant ; on en fait un 
garçon honnête et pieux ; on l'instruit, on lui met un 
état entre les mains, et un peu d'argent, qui, s'il a 
de l'ordre, lui servira à s'établir.Que sont les uto- 
pies des collectivistes, socialistes et « autres chevau- 
cheurs de chimères ou marchands de coquecigrues 
en face de ces résultats tangibles, de ces eiïets 
prouvés ? (Huysmans.) 

Si l'ensemble des résultats est plus que satisfai- 
sant, si ces apprentis sont économes et laborieux, 
s'ils sont nantis d'âmes vraiment propres, cela tient 
à une éducation spéciale, à des soins particuliers, 
à un système de culture qu'ignorent les incroyants 
et les impies. 

Pour développer le3 facultés affectives de l'en- 
fant et lui inculquer profondément le sentiment de 
ses devoirs et le regret de ses fautes, il ne suffît pas 
de le traiter avec douceur et de lui procurer un peu 
de cette tendresse maternelle qu'il n'a pas connue, il 
faut le lancer hardiment dans la voje de la perfec- 
tion chrétienne, assurer la victoire de la volonté 
sur les mauvais instincts par l'exercice répété de la 
confession, par la communion fréquente. 

Le nombre des enfants rebelles à ce traitement 
est infime. Le cas des incurables est extrêmement 
rare, et l'inlassable patience des maîtres est récom- 
pensée par de vrais miracles de grâce, des caractères 
modifiés, puis réellement amendés par l'effet de la 
communion : ce sont là faits courants dans les 
Annales de l'Ordre (1). 

(1) Les Salésiens, l'œuvre de Don Bosco, par le comte fleur y. 
(Science et religion.) Pari?, Bloud. 



LES IDÉFS PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 



3. La pédagogie de l'amour. 

Il existe en matière d'éducation peu d'idées net- 
tement arrêtées, ou plutôt il en existe tant et de si 
divergentes que la confusion la plus entière règne 
en ce domaine. La discipline, la bonne tenue dans 
la société, l'instruction, voilà pour beaucoup l'abou- 
tissement de l'œuvre éducative. 

Ecoutons G. Le Bon : « L'université laisse à peu 
près exclusivement de côté, dans la pratique, toute 
éducation et m'en parle que dans des discours d< 
nés au public. En fait, l'éducation qu'elle donne se 
borne à la lourde et brutale discipline du lycée des- 
tinée uniquement à maintenir le silence dans les 
salles où se trouvent les élèves (1). » 

On ne pourrait pas exprimer plus clairement celte 
vérité courante ni avouer plus tristement la faillite 
de nos institutions publiques en fait d'éducation. 
De l'œuvre magnifique de plusieurs générations de 
pédagogues voilà ce qui reste dans nos établisse- 
ments d'instruction : quatre ou cinq axiomes d'ordre 
méthodologique et le reste., matière à discours aux 
distributions des prix. 

Ainsi ne l'entendait pas Don Bosco. L'éducation 
vise au relèvement de l'individu tout entier, et | ; r 
lui, — contrairement à l'exclusivisme individualiste 
de Rousseau et de Herbert, — de la famille et de 'a 
Société. « Former la jeunesse, c'est l'incorporer aux 
organisations morales qui constituent L'organisme 

(1) I.cBoti, Psy i. IV.ris, p. 



38 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

social et transmettre ainsi aux générations futures 
les biens qui forment le trésor de notre civilisation 
actuelle (1). » 

La discipline n'est donc pas le soutien de l'école, 
mais l'école est un moyen pour former la discipline ; 
le but à atteindre c'est l'empire sur soi-même. 

Or, l'enfant n'est pas une argile molle et pure- 
ment passive que nous pouvons modeler à notre 
gré : notre main peut le trouver rebelle et il nous 
faudra recourir, pour obtenir son obéissance, à cer- 
tains moyens de gouvernement. 

Quels moyens emploierons-nous? Ceux que l'on a 
proposés de tout temps sont trop connus pour que 
nous ayons besoin de les énumérer : mais ils sont 
d'inégale valeur. On peut poser en principe qu'ils 
valent en général ce que valent les motifs et les mo- 
biles qu'ils mettent en jeu. 

Obéir, accomplir le devoir, tous les actes, en un 
mot, qui doivent concourir à l'œuvre éducative, 
auront une influence différente sur la formation 
morale d'après que l'acte est inspiré par la crainte 
du fouet ou par le désir de bien faire que nous suggère 
une personne aimée. 

« Un maître qui a de l'autorité pourra souvent 
obtenir l'accomplissement de certains actes par son 
influence personnelle, par cette sorte de sugges- 
tion qui dispense d'avoir recours à d'autres procé- 
dés de discipline. Seulement cette influence ne doit 
pas être exagérée : elle rencontre souvent des résis- 
tances dans l'âme de l'enfant, surtout lorsque celui- 
ci ne se trouve plus en présence du maître, et il est 
nécessaire qu'elle n'agisse point seule (2). » 

(1) Didaldik. D. Otto Wilmann, préface mercier. 

(2) Postulats de l'éducation, p. 176. 



LES IDÉES TÉDACOGIQUES DE DON EOSCO 39 

La véritable discipline doit venir du dedans plu- 
tôt que du dehors. Ainsi l'humiliant dressage sera 
évité et la discipline extérieure, mise en rapport avec 
les besoins intimes moraux et spirituels, aboutira 
au gouvernement de soi-même. L'obéissance spon- 
tanée est toujours préférable à l'obéissance passive, 
parce qu'elle tend a créer ou à développer un dyna- 
misme intelligent dont la composition pourra être 
modifiée par la suite, et non un mécanisme qui 
attendra pour fonctionner un élan venu du dehors. 

M. Ribot r président de l'enquête menée en France 
sur la réforme de l'enseignement secondaire, a de- 
mandé « si on ne pourrait pas obtenir de bons résul- 
tats en s'adressant à la raison des élèves ». Il lui a 
été répondu de la façon suivante : 

« Je suis persuadé du contraire. Il faut vivre avec 
nos élèves pour se douter de cette difficulté; nous 
ne pouvons pas attendre un résultat en nous adres- 
sant à la raison de nos élèves. » 

Aussi, ajoute le D r G. Le Bon, les Anglais ne 
s'adressent pas à leur raison^base très fragile, mais 
uniquement à leur intérêt, substratum très solide 
sur lequel on peut bâtir avec sécurité (1). 

Si donc, d'une part, faire appel à la volonté de 
l'enfant est un idéal illusoire et que, d'autre part, 
la doctrine de l'intérêt mène à l'égoïsme, à l'indivi- 
dualisme, ennemi de l'éducation sociale, que reste- 
t-il pour agir efficacement sur les élèves ? 

Il reste à s'adresser à un groupe de tendances 
très efficaces et qui sont en même temps les plus 
élevées de toutes, après les tendances moral< 
cilles qu'on pourrait désigner d'un mol, la sympa- 
thie. 11 resle.ee que Don Bosco appelle: ht p 

< 1 i Psychologie de l'éducation, p, 



40 LES IDÉES PÉDAGOGIQUE". DE DON BOSCO 

de l'amour. Le mot est, en effet, tombé de la plume 
du Vénérable lorsque, au soir de sa vie, il écrivait 
à ses fils une longue lettre pour leurlivrer aussi clai- 
rement que possible la clef de son système d'édu- 
cation. 

Don Bosco ne regardait pas la verge comme la 
baguette enchantée de l'éducation, l'auxiliaire in- 
dispensable du maître. Les temps sont passés, où, 
comme le dit un spirituel auteur, l'on ne pouvait 
entrer dans une classe sans marcher sur des débris 
de bâtons, sans ouïr les gémissements de quelque 
enfant qui remettait ses vêtements sur les traces 
douloureuses de la dernière correction. 

Avec tous les pédagogues modernes, Bosco re- 
connaît qu'avec la rigueur on n'aboutit ordinaire- 
ment qu'à étouffer la spontanéité de l'enfant et à 
développer l'hypocrisie. Mais où Don Bosco s'élève 
plus haut c'est lorsqu'il voit dans les méthodes 
sévères la mort de la confiance. Sans cette confiance, 
disons mieux, sans l'amour de l'enfant, Don Bosco 
renonçait au travail d'gducation. 

« Que voulez-vous que je lui apprenne, disait déjà 
Socrate d'un de ses élèves ? Il ne m'aime pas. » 

Sans affection, pas d'éducation. Le Vénérable 
l'avaittrès bien compris : aussi travaillait-il àgagner 
le cœur de l'enfant, et par le coeur toutes les ave- 
nues de l'âme. Volontiers il eût résumé toute sa 
méthode dans cette phrase : Se faire aimer soi-même 
pour mieux faire aimer Dieu. 

Ces procédés de la tendresse chrétienne font tel- 
lement partie du système salésien que, même à 
l'heure où il faut sévir — et elle sonne toujours quoi- 
que on la retarde le plus possible — l'éducateur fait 
encore appel à ce genre de punition qu'une mère 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE D^N EOSCO 41 

sait manier si délicatement. Il montre un visage 
consterné, il s'interdit toute parole affectueuse, il 
feint l'indifférence ou la froideur : quatre fois sur 
cinq cela suffit; parce qu'il s'est appliqué à se 
faire aimer pour pouvoir, en temps opportun, se 
faire craindre. 



4. Le système préventif. 

Deux ans avant sa mort, en 1886, Don Bosco 
reçut un jour du Supérieur du Grand Séminaire de 
Montpellier une lettre où ce digne ecclésiastique le 
pressait de lui communiquer le secret de sa merveil- 
leuse pédagogie. C'était déjà une seconde instance, 
car a une première lettre de son correspondant Don 
Bosco avait répondu : « C'est grâce à la crainte de 
Dieu répandue au cœur de mes jeunes gens que 
j'obtiens d'eux tout ce que je veux. » « Mais, répli- 
quait l'excellent Supérieur, la crainte de Dieu n'est 
que le commencement delà sagesse. Comment ache- 
ver l'œuvre ? Allons, mon père, donnez-moi la clef 
de votre système d'éducation que je m'en serve 
pour le bien de mes séminaristes ! ■ « Mon système ! 
Mon système ! murmurait Don Bosco en pliant la 
lettre, mais si je ne le connais pas moi-même ! Je 
n'ai eu qu'un mérite, celui d'aller de l'avant selon 
l'inspiration du Seigneur et des circonstances. » 

Il se trompait, car Don Bosco eut un système d'é- 
ducation très personnel. Ce fut la pédagogie de 
l'amour. 



Deux systèmes, dit Don Bosco, sont employé* 



42 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DOH BOSCO 

en éducation : le système préventif et le système 
répressif. 

« Le système répressif consiste à faire d'abord bien 
connaître la loi à ceux qui devront l'observer, à 
exercer ensuite une surveillance rigoureuse pour 
connaître les transgresseurs, et, le cas échéant, leur 
infliger les châtiments mérités. Dans ce système, 
un Supérieur doit être sévère et même menaçant, de 
paroles et d'allures. Il évitera toujours la familiarité 
avec ceux qui lui sont soumis. Le directeur, pour 
donner plus de force à son autorité, devra se trou- 
ver rarement au milieu de ses subordonnés et seule- 
ment lorsqu'il devra menacer ou punir. Le système 
est facile. Il est spécialement utile dans les casernes, 
et, en général, à l'égard des personnes raisonnables 
et intelligentes, qui doivent, par elles-mêmes, être 
en état de connaître et de se rappeler ce qui est con- 
forme à la loi ou aux autres règlements. 

«Tout autre, et, je dirais même, tout opposé, est 
le « système préventif ». Son but est aussi de faire 
connaître les prescriptions et les règlements de la 
maison. La surveillance s'exerce de telle façon que 
les élèves soient sans cesse sous le regard vigilant 
du directeur ou des assistants. Ceux-ci leur parlent 
comme des pères pleins de tendresse, les dirigent en 
toute occasion, leur donnent des conseils et les corri- 
gent avec amour, en un mot, mettent les élèves dans 
l'impossibilité de commettre aucune faute. 

« Ce système est entièrement basé sur la raison, 
la piété et l'amitié. Il exclut tout châtiment violent 
et s'efforce d'éloigner la correction même légère. 
Ce système est préférable, voici encore pour quels 
motifs : 

« 1° L'élève, préalablement averti, n'est point 



LES IDEE! QIQL'ES DE DON Î30SCO 43 

humilié par les fautes qu'il commet, comme cela 
arrive quand ces fautes sont connues du supérieur. 
Il ne s'irrite pas de la réprimande qui lui est adres- 
sée, ou de la pénitence qu'on lui inflige, ou dont on le 
menace. Il y a toujours dans ce système un avis 
affectueux qui lui est parvenu, qui l'a ramené à la 
raison et qui, souvent, a gagné son cœur au point 
que lui-même désire presque le châtiment dont il a 
reconnu la nécessité. 

«2° Un motif plus grave encore d'employer ce sys- 
tème, c'est la légèreté de la jeunesse qui lui fait ou- 
blier, en un instant, les règlements disciplinaires et 
les châtiments qu'elle peut encourir. Il arrive sou- 
vent qu'un petit enfant se rend coupable et reçoit 
une pénitence, sans y avoir fait attention. Il a agi 
sans se souvenir de la loi, au moment où il l'a trans- 
gressée, et il aurait certainement évité cette faute, 
si une voix amie l'avait averti. 

«3° Le «système répressif» peut bien emp<" 
un désordre ; difficilement on amendera les coupa- 
bles. On a observé que les jeunes gens n'oublient 
pas les châtiments qu'ils ont subis, et que le plus 
souvent ils gardent rancune, avec le désir de secouer 
le joug et même de se venger. Il semble, parfois, qu'ils 
n'y attachent pas une grande importance, mais qui- 
conque les observera attentivement, pourra consta- 
ter combien sont terribles ces souveni s de jeunesse. 
Ils oublient facilement les punitions de leurs parents, 
mais très difficilement celles de leurs maîtres. Il est 
des enfants qui, châtiés, même justement, â l'épo- 
que de leur éducation, ont accompli leur vengeance 
brutale jusque dans un âge avancé. 

'• j\c «système préventif ». au contraire, rend l'élève 
a:ni de son maître, en qui il voit un bienfaiteur pn - 



44 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

venant qui veut le rendre bon et le préserve des 
contrariétés, des châtiments et du déshonneur. 

« 4° Le « système préventif» est salutaire à l'élève 
en ce sens que son maître pourra toujours lui parler 
le langage du cœur, et pendant le temps de l'éduca- 
tion, et quand il aura quitté la maison. Le maître, 
ayant gagné le cœur de son protégé, pourra exercer 
sur lui une grande influence, lui donner des avis, 
des conseils, et même le corriger, alors qu'il se trou- 
vera dans les emplois et les fonctions de la vie civile 
et du commerce. 

Pour tous ces avantages et pour bien d'autres 
raisons, il nous semble que le « système préventif » 
doit être préféré au « système répressif ». 

IL APPLICATION DU SYSTÈME PRÉVENTIF 

L'application pratique de ce système est entière- 
ment basée sur cette parole de saint Paul : « Caritas 
paliens est, benigna est..., omnia snfferl..., omnia 
sperat, omnia sustinei (1). » La charité est patiente 
et bienveillante ; elle souffre tout, mais elle espère 
tout et elle supporte tout. Aussi n'y a-t-il que le 
chrétien qui puisse appliquer, avec succès, le « sys- 
tème préventif ». La raison et la religion sont les 
seuls instruments que manie le maître. Il doit parler 
leur langage en instruisant ses élèves, et il doit s'en 
pénétrer lui-même dans sa vie pratique, s'il veut 
être obéi et atteindre son but. 

1° Le directeur doit se consacrer entièrement à 
ceux dont il doit diriger l'éducation. Il ne doit ja- 
mais accepter aucune charge qui l'éloigné d'eux. 
Il se trouvera ainsi toujours avec ses élèves, quand 

(1) I Cor., XIII, 4, 7. 



LE. IDLLS PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 45 

uns obligation étrangère ne les appelle pas ailleurs 
et qu'ils ne sont pas sous la surve llance des as is- 
tants. 

2° Les maîtres, les chefs d'atelier, les assistants 
doivent être d'une moralité incontestée. Ils s'appli- 
queront à éviter, comme la peste, toute sorte d'affec- 
tion, d'amitié particulière avec les élèves. Ils se 
souviendront que l'égarement d'un seul peut com- 
promettre toute une maison d'éducation. Il faut 
donc veiller à ce que les élèves ne soient jamais 
seuls. Autant que possible, les assistants doivent les 
précéder là où ils doivent se réunir. Ils y demeureront 
jusqu'à ce que d'autres assistants viennent les rem- 
placer. Ils ne laisseront jamais les élèves dans l'oisi- 
veté. 

3° Il faut que les élèves puissent, en toute liberté 
et selon leur bon plaisir, sauter, courir et crier. 
La gymnastique, la musique, la déclamation, le 
petit théâtre, la promenade sont des moyens très 
efficaces pour obtenir la discipline, favoriser la 
moralité et la santé. L'important, c'est que, dans 
tous ce5i exercices, comme dans les personnes qui y 
participent, et dans leurs conversations, il n'y ait 
jamais rien de blâmable, i Faites tout ce que \ 
voulez, disait saint Philippe de Xéri, le grand ami 
de la jeunesse, il me suffit que vous ne commettiez 
aucun péché. » 

4° La confession et la communion fréqui ntes, et 
la inesse tous les jours, sonl les colonnes d'une mai- 
son d'éducation dont on veut bannir la menace et 
les punitions. Il ne faut pas obliger les jeunes 
à fréquenter les sacrements, il faut seulement les 
y encourager et leur eu fournir la facilité. A l'occa- 
sion des retraites* tridùums , prédications 



46 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 



catéchismes, il faut s'appliquer à montrer la beauté, 
la grandeur, la sainteté de cette religion qui nous 
offre, dans les sacrements, des moyens d'une pra- 
tique si aisée, moyens si utiles à la société civile, 
si efficace pour la paix du cœur et pour le salut de 
l'âme. Les enfants resteront ainsi spontanément 
fidèles aux exercices de piété; du moins, ils les ac- 
compliront de plein gré, avec plaisir et avec fruit. 

5° Il faut user de la plus sévère surveillance pour 
qu'il n'entre jamais dans la maison des livres mau- 
vais ou des personnes tenant des discours honteux. 
Le choix d'un bon portier est un trésor pour une 
maison d'éducation. 

6° Tous les soirs, après la prière, avant que les 
élèves aillent au dortoir, le directeur ou celui qui 
le remplace leur adressera quelques paroles affec- 
tueuses, un avir,, un conseil sur ce que chacun 
doit faire ou éviter. Des événements de la jour- 
née accomplis dans la maison ou au dehors, il 
aura soin de déduire des enseignements pratiques. 
Que cette allocution soit courte et ne dépasse 
jamais deux ou trois minutes. C'est là la clef de 
la moralité, du progrès, du légitime succès dans 
l'éducation. 

7° Il faut fuir comme la peste l'opinion de ceux 
qui veulent différer la première communion jusqu'à 
un âge trop avancé, c'est-à-dire jusqu'au moment 
où le démon a eu le temps de s'emparer du cœur du 
jeune enfant au préjudice incalculable de son inno- 
cence. Dans la primitive Eglise, on avait coutume 
de donner aux tout petits enfants les hosties con- 
sacrées qui restaient de la communion pascale. Cet 
usage nous fait comprendre combien l'Eglise est 
désireuse que les enfants soient admis de bonne heure 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 47 

à la sainte communion. Quand un enfant sait dis- 
tinguer entre le pain ordinaire et le pain eucharis- 
tique, quand il a une instruction suffisante, il ne 
faut pas s'occuper de son âge, il faut que le Roi des 
deux vienne régner dans cette âme bénie. 

8° Les catéchismes recommandent la communion 
fréquente. Saint Philippe de Néri conseillait de la 
faire tous les huit jours et même plus souvent. Le 
concile de Trente dit clairement son ardent désir 
de voir tous les fidèles communier chaque fois qu'ils 
assistent à la sainte messe. Que ce ne soit pas seu- 
lement la communion spirituelle, mais la commu- 
nion sacramentelle, afin qu'on puisse retirer plus 
de fruits de cet auguste et divin sacrement. (Conc. 
Trid. Sess. XXII, chap. VI) (1). 

III. UTILITÉ DU SYSTÈME PRÉVENTIF 

On pourra objecter que ce système est, en prati- 
que, d'une application difficile. En ce qui concerne 
les élèves, il est, remarquons-le, plus facile, plus 
agréable, plus avantageux. Pour les maîtres, il ren- 
ferme quelques difficultés qu'il est cependant 
aisé d'aplanir,quand on se met à l'œuvre avec zèle. 
Le maître est, à ce titre, dévoué au bien de ses 
élèves : il doit donc être prêt à affronter tous les sou- 
cis inhérents à ce ministère ; il doit accepter tous 
les labeurs convergeant à son but, qui est l'éduca- 
tion morale et l'instruction de ses élèves. 

Aux avantages que nous avons exposés plus haut 
s'ajoutent encore ceux-ci : 

1° L'élève sera toujours plein de respect pour son 

(1) Le \ COSÇÇ n'a pr.s eu la consolation de voir la 

consécration de cette doctrine par le pane l'ic X. 



48 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BO CO 

maître. Il se souviendra toujours avec plaisir du 
genre d'éducation qu'il a reçue. Ses maîtres, ses 
autres supérieurs, seront toujours à ses yeux des 
pères ou des frères. Partout où ils vont, de tels élè- 
ves sont ordinairement la consolation deleur famille. 
Ils sont de bons citoyens et de fervents chrétiens. 

2° Quels que soient le caractère, le naturel, l'état 
moral d'un enfant, le jour de son admission, les pa- 
rents peuvent être bien assurés que leur fils ne 
deviendra pas pire ; on peut même promettre avec 
certitude que, sous l'influence du système préven- 
tif, il se produira quelque amélioration. Certains 
enfants, qui furent longtemps le fléau de leurs pa- 
rents à ce point qu'on ne put les garder dans les 
maisons de correction, ont changé, grâce à ce sys- 
tème, de caractère et d'inclination, se sont soumis 
à une vie réglée, et occupent actuellement une pi 
honorabîe dans la société. lis sont le soutien de leur 
famille, l'honneur de leur pays. 

3° Ce système empêche de malheun 
esclaves de mauvaises habitudes, à leur entrée 
dans une maison d'éducation, de devenir nuisibles 
à leurs compagnons. Ceux qui sont bons ne peuvent 
pas subir leur fâcheuse influence, car il n'est pas un 
seul moment, pas un seul endroit où cela soit pos- 
sible. L'assistant, ainsi que nous le supposons, e L 
toujours là pour prévenir le mal ou pour le guérir 
immédiatement. 



IV. UN MOT SUR LF.S PUNITIONS 

Quelle règle doit-on suivre pour imposer des puni- 
tions ? Autant que possible, il faut s'ab-tenir des 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 49 

punitions; mais, lorsque les punitions doivent né- 
cessairement être infligées, il faut encore observer 
les règles suivantes : 

1° Le maître s'efforcera de se faire aimer de ses 
élèves, s'il veut se faire craindre. Il arrive ainsi à 
punir, en supprimant tout ce qui est affectueux, 
mais c'est une punition qui excite l'émulation de 
l'enfant, qui l'encourage et ne le déshonore jamais. 

2° Pour les enfants, tout peut servir de punition. 
On a observé qu'un regard sévère produit plus d'ef- 
fet qu'un soufflet. Les louanges après une bonne 
action, le blâme après une négligence, sent déjà 
une récompense ou une punition. 

3° A l'exception de circonstances très rares, les 
punitions ne doivent jamais être Infligées en public, 
mais en particulier, loin des compagnons. Il faut 
user encore de beaucoup de pi adence et de | 
que l'élevé c ne sa taule, et au : 

vue de la raison, et au point de vue de la religion. 

4° On doit absolument é> it( i d« frapper les cl, 
de quelque manière que ce soit, de les mettre à ge- 
. dans une attitude douloureuse, de Lui tirer 
les oreilles. Ces corrections et toutes celles qui leur 
mblent sont défendues par la loi civile, elles 
irritent les jeunes gens et avilissent la dignité du 
maître. 

5° Le directeur doit bien faire connaître tes r< 
ments de la maison, les récompenses et puniti 
(jui y sont établies, afin que l'éjève ne puisse jamais 
s'excuser en disant : Je ne savais pas que ceci tul 
commandé!... J'ignorais que cela fût défendu. 

Si, dans nos maisons, on met ce système en prati- 
que, on pourra, ce nie semble, obtenir de magnifi- 
ques résultai de recourir à la colère 

LII -.. — '» 



50 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

ou aux châtiments violents. Il y a environ quarante 
ans que je m'occupe des jeunes gens, je ne me sou- 
viens pas d'avoir donné aucune punition ; et, avec 
l'aide de Dieu, j'ai obtenu non seulement ce qui 
était d'obligation, mais encore tout ce que je désirais 
J'ai même atteint ces résultats avec des enfants 
dont on ne pouvait, au premier abord, rien espérer 
de bon pour l'avenir. » 

Jean Bosco, prêtre. 



5. De la discipline. 

« L'enseignement des préceptes de la morale 
ou la prédication des vertus est inefficace, dit le 
pédagogue américain John Dewey, et pourtant 
cet enseignement s'impose, mais il doit être fait 
plutôt par l'excitation des moyens et des forces sur 
lesquels repose l'ordre moral dans la vie (1). ». 
La vie à l'école doit, certes, être un apprentissage 
delà grande vie sociale et, dès lors, une abondance de 
forces morales est indispensable pour l'accomplisse- 
ment du devoir. Comment habituer l'enfant à une 
juste conduite ? Quels sont les moyens de dévelop- 
per dans l'enfant les énergies pour se plier à un règle- 
ment et aux principes de la vie morale ? Comment 
le ramener sur la bonne voie dont il s'écarte si faci- 
lement, par légèreté souvent et quelquefois par 
méchanceté ? 

On connaît la théorie de Jean- Jacques Rousseau 
et de Spencer : les éducateurs doivent se faire les 
serviteurs et les interprètes de la nature. La puni- 
Ci) Educalional Review, mars 1893. 






LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 51 

tion doit être telle qu'elle représente, dans la mesure 
du possible, les conséquences naturelles d'une action 
mauvaise, au lieu d'épargner à l'enfant ces consé- 
quences ou de les remplacer par des réactions arti- 
ficielles. Ainsi on punit un enfant qui se fait atten- 
dre pour la promenade en partant sans lui et en le 
laissant à la maison. D'après cette même théorie, 
l'enfant menteur n'est plus cru et l'enfant désobéis- 
sant subira les suites de ses actes. 

On sait combien cette doctrine est superficielle 
et dangereuse, surtout quand on l'applique à l'ordre 
moral. Elle découle de l'erreur fort répandue que 
la perception de la nature extérieure doit servir de 
guide aux actes humains, alors que la nature intime 
de l'homme trace bien souvent d'autres règles de 
conduite. 

Actuellement il existe, par rapport à la discipline, 
deux théories opposées : la manière américaine qui 
permet aux enfants de faire ce qu'ils veulent ; par 
exemple, aller et venir librement en classe, parce 
que se tenir tranquille est une chose opposée à 
la nature ; et l'autre manière : la discipline militaire 
qui maintient les enfants en bride par la crainte et 
les punitions. 

La manière américaine, qui est aussi un peu celle 
de Tolstoï et ^t M me Montessori, dégénère facile- 
ment en une é&ndescendance extrême et qui épar- 
gne à l'enfant tout l'exercice de ce que Pestalozzi 
appelle: l'empire sur soi-même, — exercice infini- 
ment précieux pour tout l'avenir de l'enfant. Une 
éducation de joie continue laisse d'ailleurs le cœur 
insensible aux douleurs d'autrui et la volonté mal 
préparée aux épreuves. 

Cette manière, comme l'observe Fœrster, est 



52 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

toutefois plus près de la véritable éducation que 
celle qui base la formation sur l'action passagère 
et superficielle de la crainte et du dressage. 

La discipline ne devient réellement éducative 
que lorsque l'enfant y prend goût par la conscience 
qu'il y gagne force et fermeté et qu'il s'y soumet 
délibérément. C'est dans ce sens que John Stuart 
Mill, à propos de Comte, dit avec raison : « Nous 
reconnaissons la valeur de la discipline ascétique 
dans le sens antique du mot. De celui qui ne s'est 
jamais privé de quelque chose de permis on ne peut 
pas attendre avec certitude qu'il saura se passer de 
ce qui est défendu. Nous ne doutons pas qu'un jour 
on forme de nouveau les enfants et les jeunes gens 
à la mortification systématique, qu'on leur ap- 
prenne, comme dans l'antiquité, à dompter leurs 
désirs, à braver les dangers et à supporter volon- 
tairement les douleurs, ne fût-ce que comme exer- 
cice pédagogique. » 

Dans ces avis si divergents nous reconnaissons 
toute l'angoisse et toute l'impuissance de notre 
époque à la vue d'une jeunesse désemparée, trop 
orgueilleuse et trop débile pour se plier sous un joug 
austère et trop molle pour ne pas rechercher dans la 
manière douce uniquement la justification de toutes 
ses faiblesses. 

Voyons, d'un peu plus près, comment Don Bosco 
résout le problème. 



6. De la surveillance. 

Avant toutes choses, par une surveillance de tous 
les instants, Don Bosco s'ingéniait à empêcher l'en- 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 53 

fant de faire le mal. Qu'il passe d'un lieu à un 
autre, qu'il change d'occupation, toujours l'enfant 
aura près de lui, dans la personne du Salésien, 
comme un frère aîné dont l'unique souci sera de 
le protéger, de l'avertir, de l'encourager, de le 
relever aussi, surtout. Cette méthode préventive 
consiste à tarir le mal dans sa source en supprimant 
l'occasion ou en la neutralisant^ prévenir la faute 
plutôt qu'à la châtier après coup. 

Don Bosco demande une surveillance assidue, 
exigée surtout pour la protection des faibles et la 
préservation des innocents, mais il a soin d'incul- 
quer à ses fils une surveillance exercée de manière 
à ne pas laisser comprendre aux enfants qu'on se 
défie d'eux. L'assistant qui a compris et veut ap- 
pliquer le système salésien ne restera pas habituel- 
lement debout devant les élèves, les bras croisés, les 
yeux braqués sur eux, comme pour épier le moindre 
acte digne de blâme. Le maître et l'assistant se 
tiendront au milieu des enfants pour prendre part 
à leurs jeux, pour s'intéresser à leur travail, les 
aider dans leurs études, regardant tout, écoutant 
tout, presque sans que les élèves puissent s'en dou- 
ter. Souvent, le bon assistant ne laissera même pas 
apercevoir qu'il a remarqué quelque chose de répré- 
hensible ; il attend le moment favorable pour don- 
ner à l'intéressé un avertissement sous forme de 
conseil amical. 

La surveillance telle que l'entendait Don Bosco 
est, dès lors, un art qu'on n'improvise pas. Aussi, 
elle fut confiée aux prêtres et aux anciens et non 
pas aux novices. L'assistant est aidé ou dédoublé 
d'un catéchiste ou directeur spirituel. 

Mettons près de ces conseils de Don Bosco — 



54 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

sans avoir la cruauté d'appuyer davantage — cet 
extrait de la Psychologie de l'Education, par Le Bon : 
« Quant aux fonctions de surveillant : conduite des 
élèves, inspection des dortoirs, etc.; on pourrait 
les confier, comme l'a proposé M.Léon Bourgeois, 
à de simples sous-officiers. Leurs habitudes de dis- 
cipline en feraient des agents excellents, qui exé- 
cuteraient avec ponctualité et plaisir une besogne 
que les répétiteurs actuels exécutent sans ponc- 
tualité comme sans plaisir. » 

Cette discipline militaire, cet automatisme dans 
l'exécution du règlement n'a rien à voir avec l'édu- 
tion, telle que l'entend Don Bosco. 

Pour l'obtenir, les supérieurs auraient dû avoir 
un air bourru, menaçant et se servir parfois de ri- 
goureuses punitions. Don Bosco a voulu une disci- 
pline douce et paternelle, afin de laisser aux enfants 
tout le mérite de la réforme de leurs défauts et afin 
de favoriser le libre développement de leur énergie 
personnelle. Ce système, aussi familial que possible, 
ne comprime pas la volonté des enfants, ne détruit 
pas leur initiative individuelle ; il apporte un soutien 
à lafaiblesse naturelle del'enfant, mais ne l'enchaîne 
pas malgré lui à l'accomplissement du devoir. L'en- 
fant, dès lors, s'élève, devient vertueux, parce qu'il 
le veut lui-même et, agissant librement, sa volonté 
acquiert chaque jour de nouvelles énergies ; le sys- 
tème salésien la soutient mais sans la comprimer. 

« Aimez et faites-vous aimer: telle est la maxime 
dernière de l'art de l'éducation. L'éducation sera 
une œuvre d'amour. Si elle est telle, on peut s'at- 
tendre à ce qu'elle respecte la liberté de l'enfant et 
travaille utilement à la développer. Aimer véritable- 
ment un enfant, c'est vouloir, non pas l'asservir, 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

mais le libérer. D'autre part, faire souvent appel 
à ses sentiments affectueux au lieu d'user envers 
lui de contrainte, n'est-ce pas l'engager à exercer 
ses facultés librement, en toute confiance, et l'en- 
courager à l'initiative ? N'est-ce pas l'habituer à 
agir délibérément dans un Bût qu'il choisit lui- 
même ? N'est-ce pas fortifier sa volonté V N'est-ce 
pas l'affranchir ? C'est l'affranchir d'autant mieux 
que le sentiment et la raison sont ici d'accord, puis- 
que ce que désirentlesparentsetlesmaîtres, c'est ou 
ce doit être précisément ce que commande la raison. 
Enfin ce n'est pas assez pour l'éducateur de respec- 
ter dans l'enfant l'homme qu'il sera un jour, et 
qu'il est déjà dans une certaine mesure ; il est de son 
devoir de l'aimer. Fonder la discipline en grande 
partie sur l'amour et traiter l'enfant avec amour, 
n'est-ce pas, encore, obéir à l'excellent précepte 
de K st-ce pas considérer l'humanité comme 

une fin et non -comme-un moyen ? (1) 

Le premier de tous les mobiles chez l'élève, écrit 
M. Buisson, c'est l'affection. C'est par là qu'on a 
prise sur lui : s'il s'attache à son maître, se plaît à 
l'entendre et a confiance en lui, la cause est déjà 
plus qu'à moitié gagnée ; ce sentiment sera pendant 
longtemps plus puissant que les meilleures rai- 
sons pour le faire entrer dans la bonne voie et pour 
l'y maintenir (2). » 

Mais combien plus puissant devient ce levier lors- 
qu'il prend son point d'appui en Dieu même ! Le 
désir de plaire à une personne humaine, toujours 
imparfaite, est essentiellement sujet à des fluctua- 
tions et cet amour renferme donc en lui-nu ir, 

(1) parisotv, l.cs postulais de V éducation, p. 179. Paris, Alenn. 

(2) Dictionn. de Pédag. Educ. 



56. LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

faiblesse. Combien solide, dès lors, l'éducation qui 
prend comme assises l'amour d'un Dieu parfait et 
infiniment bon ! 

La plus excellente de toutes les passions, le prin- 
cipe générateur de toutes les vertus, le remède sou- 
verainement efficace contre toutes les maladies 
morales de l'homme est incontestablement cet 
amour de Dieu. 

Il semble qu'en général on s'appiique beaucoup 
plus à inspirer aux enfants la crainte que l'amour. 
C'est, croyons-nous, une erreur de croire que la 
crainte les maintiendra plus sûrement dans la vertu. 
Quand une mauvaise passion se déchaîne, la crainte 
s'évanouit sous l'effet magique de l'impunité, as- 
surée par la facilité du pardon. Bien autrement 
solide est la résistance qu'oppose l'amour à l'en- 
traînement des mauvais penchants. Que les enfants 
craignent les rigueurs de la justice divine, ce sera 
le commencement de la sagesse chrétienne, mais 
que surtout ils sentent en eux-mêmes cet état 
d'âme qui les dispose à tout soufTrir, plutôt que de 
déplaire à la majesté d'un Dieu infiniment bon. 
Comme le dit l'auteur de Y Imitation : « Rien n'est 
plus doux que l'amour, rien n'est plus fort. » 

C'est de cette force que Don Bosco était armé et 
l'on comprend dès lors qu'il ait pu passer près de 
quarante ans parmi la jeunesse sans avoir recours 
aux punitions. 

« Ma méthode, disait-il, c'est celle de Jésus-Christ, 
le maître des maîtres; méthode consignée dans l'E- 
vangile, toute de charité et de dévouement. » 

Et cependant, obj cetera- t-on, il peut arriver 
qu'une répression s'impose, et même une expulsion. 

« Assurément, répond Don Bosco, mais dans ce 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 57 

cas-là, voici comment je procéderais . Dieu m'a 
donné mes mains avec leurs dix doigts pour dire la 
messe. Si l'on me disait : Quel est le doigt que vous 
voulez qu'on vous coupe ? Je répondrais : Au- 
cun, car tous me sont également chers. Mais ce- 
pendant si cela devenait nécessaire pour sauver la 
main, je dirais : Coupez d'abord ceux qui me sont 
moins utiles : le petit doigt, puis l'annulaire, puis 
le moyen, et je ne sacrifierais qu'à la dernière extré- 
mité l'index et le pouce, qui me servent pour tenir 
l'hostie et pour écrire. C'est ainsi que j'aime d'un 
égal amour tous mes fils, et je désireque tous restent 
avec moi... C'est seulement quand tous les autres 
moyens sont épuisés, quand une plus grande indul- 
gence deviendrait dangereuse, que je me résigne a 
renvoyer quelqu'un. Et encore, je souffre comme si 
l'on me coupait un membre, et je songe à l'ex- 
pulsé comme on pense au membre amputé, sans 
l'oublier jamais. Son salut éternel occupe cons- 
tamment ma pensée. » 



7. L'esprit du « système préventif ». 

Nous avons tenu à citer en entier les pages de 
Don Bosco sur le « système préventif », parce qu'elles 
renferment tout son système d'éducation. Car on 
aurait tort de ne voir dans ce « système préventif » 
qu'un ensemble de moyens pour établir la discipline 
ou l'ordre extérieur dans une école. Non, il ren- 
ferme plus que ce côté négatif de l'œuvre éduca- 
tive : il contient la clef de toute une œuvre positive ; 
c'est une formule de l'art d'élever les enfants. 



58 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

Contrairement à Voltaire, qui était sceptique sur 
l'efficacité de l'éducation et prétendait qu' « un 
blond restera toujours un blond », Don Bosco pen- 
sait avec M me Pape-Carpcntier : « qu'il n'est pas un 
être aimé qui ne puisse transformer celui qui l'aime». 

L'éducation par la bonté, par l'amour, voilà le 
système pédagogique de Don Bosco. 

On peut le critiquer, oh peut le rejeter, on peut, 
au nom de plusieurs siècles de pratique routinière, 
se tenir fortement attaché à une méthode diffé- 
rente. Mais cette autre méthode, qui demande si 
peu d'apprentissage, a-t-elle donc la valeur incon- 
testée qu'on lui prête ? Il est cruel, peut-être exa- 
géré, mais assez juste dans son fond le mot de Ca- 
vour : «Avec l'état de siège tout âne est capable de 
gouverner. » 

Tandis quelesprocédés d'éducation que Don Bosco 
voulait voir adopter réclament un long exercice, 
une application affectueuse, toute l'inquiétude 
paternelle et vigilante d'un cœur d'homme. Et 
c'est précisément en cela que consiste la grandeur 
originale de cette méthode, qui fait coup double, 
car elle forme à la fois le maître et le disciple. L'un 
ne progresse en docilité que parce que l'autre pro- 
gresse en dévouement. C'est dans un travail cons- 
tant sur lui-même, c'est dans les efforts quotidiens 
qu'il fait pour se rendre plus zélé, plus patient, 
plus maître de soi que l'éducateur achète le bon- 
heur de se passer de châtiments odieux, et de se voir 
obéi par un amour reconnaissant. « Cette affection, 
en vertu de la loi psychologique du déplacement de 
sentiments, ne s'appliquera pas seulement aux per- 
sonnes : elle s'appliquera encore aux objets d'étude. 
Ce sera, par suite, un des mobiles les plus puissants 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 59 

de l'attention involontaire, et même de l'attention 
volontaire et par conséquent de l'activité réfléchie. 
«Xous n'avons prise sur la volonté de l'enfant, écrit 
M. Compayré, que par les sentiments que nous 
développons en lui. Pour qu'il dise « je veux être 
attentif »,ce qui revient presque à dire «je veux vou- 
loir», il faut qu'il y soit engagé par une « émotion 
quelconque i: cette émotion viendra en particulier 
de l'amour. L'amour sera la principale cause de sa 
docilité. 

L'on peut même ajouter que l'amour sera pour 
lui un auxiliaire de la moralité. Chez l'adulte lui- 
même, la moralité n'est pas uniquement affaire de 
raison, elle est aussi affaire de cœur, et c'est pour- 
quoi M me Necker de Laussure estime que « le véri- 
table esprit social, c'est la bienveillance » et M me Pa- 
pe-Carpentier que « nous ne valons qu'autant que 
nous aimons ». A plus forte raison en est-il ainsi de 
l'enfant, dans la conscience duquel brillent si fai- 
blement encore les premières lueurs de la moralité ! 

Mais il ne faut guère songer à s'attacher les en- 
fants si l'on ne s'y attache pas soi-même, et, dans ce 
cas, il vaut mieux ne pas se mêler d'éducation. 
C'est là, il est vrai, une condition bien facilement 
réalisable pour les parents et même pour les maî- 
tres.» Je voulais, raconte Pestalozzi, que mes en- 
fants pussent à chaque instant, du matin au soir, 
lire sur mon front et deviner sur mes lèvres que 
mon cœur leur était dévoué, que leur bonheur et 
leurs joies étaient aussi mes joies et mon bon- 
heur (1). » 

(1) Les Postulats Je l'F.Jumtion. 




60 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 



8. La Bonté. 



Tous les biographes de Don Bosco témoignent du 
grand ascendant de ce prêtre sur les enfants. Par- 
tout où il se montrait, les enfants affluaient ; grands 
et petits l'entouraient obstinément, comme un 
père. 

La qualité dominante, le trait caractéristique de 
son puissant ascendant sur les jeunes cœurs c'était 
la bonté. Cette bonté était tout évangélique, consis- 
tant en un mélange heureux de douceur et de force, 
d'indulgence et de fermeté, bonté toute surnaturelle 
dans sa source et toujours digne dans ses manifes- 
tations. 

Don Bosco était bon, doux, paternel ; mais il 
n'avait rien de cette regrettable contrefaçon de la 
bonté, faite de mollesse et de lâche condescendance. 
Il ne s'aveuglait pas sur les défauts de l'enfant, il ne 
reculait pas devant les impérieuses exigences du 
devoir. 

De cette bonté il a voulu imprégner lacongrégation 
qu'il fonda. Il appela ses disciples des Salésiens, du 
nom de Saint-François de Sales, le type de la bonté 
et de la douceur. Toute sa vie il mit en œuvre les 
ressources de son génie pour fonder, dans chacune 
de ses maisons, le règne de la charité et y établir 
le véritable esprit de famille. Pour en arriver là, il 
eut recours à la bonté persuasive, moyen tout puis- 
sant qui lui réussit à merveille pour obtenir de ses 
enfants tout ce qu'il voulait d'eux et au delà ! piété, 



LES IDEES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO Cl 

bon ordre, application au travail, correction des dé- 
fauts. 

Personne, plus que Don Bosco, n'a eu en horreur 
les grands coups d'autorité. Gagner le cœur de ses 
enfants par la persuasion, voilà à quoi visait tou- 
jours le saint prêtre. Mais une fois en possession de 
cette forteresse, il en faisait le point d'appui de sa 
mission d'éducateur. 

Aimez, soyez pères, disait-il à ses disciples. Tou- 
tefois, si vous devez éviter d'irriter les enfants, gar- 
dez-vous bien de les laisser libres de faire tout ce 
qu'ils veulent, de fermer les yeux sur quelque pres- 
cription du règlement. Ceux qui agiraient de la 
sorte par timidité ou par faiblesse trahiraient, avec 
la confiance que les supérieurs ont mise en eux, les 
véritables intérêts de leurs élèves. A Dieu ne plaise 
que, cédant à un vain désir de se créer une popula- 
rité éphémère, quelques-uns se permettent d'ériger 
en système le principe de la tolérance : ils baisse- 
raient bien vite dans l'estime des enfants et leur 
autorité ne tarderait pas à disparaître. 

Le Père Bresciani demanda un jour à Lcn Bosco : 
— Comment faites-vous pour gagner si facilement 
le cœur des enfants ? 

— Vous allez le voir, répondit Don Bosco, regar- 
dez-moi bien. 

avait remarqué un groupe d'enfants qui jouaient 
à quelque distance. Il se dirigea de ce côté et se mêla 
à eux. 

— Que venez-vous faire ici V lui dit l'un d'eux. 

— Ce que je viens faire V Je \ lens jouer avec vous. 
N'êtes-vous pas mes amis ? 

— Qu'est-ce que vous dites la v i >tw che- 
min ; vous nous 



62 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

— Cependant, je suis votre ami ! La preuve c'est 
que je veux vous donner une belle médaille que 
vous garderez en souvenir de moi. Je désire que 
vous la conserviez comme le cadeau de quelqu'un 
qui vous aime beaucoup. 

Alors les petits joueurs portèrent la main à leur 
béret, tendirent la main et remercièrent. 

Don Bosco ajouta : «Je veux encore vous en don- 
ner une pour papa et maman. » 

Alors la joie fut plus grande encore et ils remer- 
ciaient Don Bosco sur tous les tons. 

Ainsi le saint prêtre savait se faire tout à tous. 
Il n'y a pas d'industrie qu'il n'inventât pour dis- 
traire les enfants et les attirer à lui pour ensuite 
élever leurs regards vers Dieu. 

Promenades, systèmes nouveaux de récréations, 
excursions, cours de vacances : il ne calculait pas 
la fatigue, pourvu qu'il pût faire du bien. Les élèves 
regardaient l'oratoire comme leur foyer, s'y atta- 
chaient et finissaient par ne plus vouloir le quitter. 
On restait avec Don Bosco parce qu'on l'aimait, et 
l'on préludait ainsi à la vie chrétienne sans le savoir 



9. De la joie ! — De l'abandon ! 

Pour Don Bosco la joie est en éducation un fac- 
teur indispensable de succès. Il l'a poursuivie tout 
le long de son existence, depuis le jour où, jeune sé- 
minariste, il fondait avec quelques amis la Confré- 
riedc la joie, jusqu'à l'heure où, livrant au public les 
leçons de sa longue expérience, il écrivait cette ligne, 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 63 

qu'eût signée saint Philippe de Néri, cet autre grand 
ami de la jeunesse : « Laissez donc aux enfants 
pleine liberté de sauter, courir, faire du tapage à 
leur gré. » 

Une des paroles qui lui revenaient le plus souvent 
aux lèvres était celle-ci : « Allons, sois joyeux ! i 
C'est pour entretenir la joie, que Don Bosco a dressé 
dans ses maisons les tréteaux du petit théâtre, 
qu'il a fait si large place à la musique dans son règle- 
ment, qu'il était à l'affût de tous les moyens hon- 
nêtes capables d'alléger le poids de la discipline, 
qu'il s'est toujours efforcé de rendre la prière et la 
piété attrayantes, qu'il a toujours lecommandé 
d'inspirer aux écoliers le goût, l'amour et le plaisir 
de l'étude. De la joie, de la joie, et à haute dose. 
Don Bosco en voulait, parce qu'il voulait ses fils 
confiants et épanouie. 

Gomme Mgr Dupanloup, Don Bosco était de ces 
éducateurs qui soutiennent et prouvent aisément 
que le bon esprit d'un collège s'observe surtout aux 
heures de récréation. Voici, sous la plume du Véné- 
rable, ramassé en diptyque vivant, le tableau d'une 
cour de collège où les âmes sont bien portantes, et 
la silhouette d'une cour de collège où les cœurs sont 
malades. 

Ici, dit-il, tout est vie, joie, mouvement. Les élè- 
ves courent, sautent, bondissent. Dans un coin l'on 
joue à chat, là-bas aux barres, un peu plus loin à la 
balle. Dans cet angle de la cour un groupe de jeunes 
gens entourent un prêtre qui leur raconte une anec- 
dote piquante ; à deux pas de là un jeune abbé joue 
à « pigeon vole » ou aux métiers avec ses élèves. A 
tous les points de la cour éclatent des cris, des chants, 
des rires : on en a les oreilles cassées. Et partout et 



64 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

toujours, professeurs, prêtres ou abbés sont mêlés 
aux jeux de ces enfants. Entre ces jeunes gens et 
leurs supérieurs c'est la cordialité même qui règne, 
la confiance absolue. Spectacle ravissant, dont les 
fruits ne se font pas attendre, car de cette bonne 
familiarité naît l'amour, et l'amour engendre 
l'abandon. 

Ainsi, quand on a gagnéle cœur de l'enfant, toutes 
les avenues de l'âme sont ouvertes. Cette jeunesse 
s'épanouit, se raconte, confie ses plus intimes pen- 
sées, décharge son cœur quand il est lourd, en un 
mot se confie. Au tribunal de la pénitence ces jeu- 
nes gens sont la sincérité même, et, dans le détail 
de la vie, leur docilité se plie avec bonheur aux désirs 
des maîtres dont ils se sentent aimés. 

Quel contraste fait ce spectacle avec celui d'un 
collège où «ça ne va pas». Ici, à l'heure delà ré- i 
tion, plus de cris, de chanl de voix : le 

mouvement et la vie ont disparu. L'attitude de tous 
ces jeunes gens reflète un morne ennui, une espèce 
de lassitude. On dirait qu'ils boudent tous. Leurs 
traits expriment une sorte de défiance qui vous 
fait mal au cœur. Quelques-uns, il est vrai, courent et 
sautent encore avec la charmante étourdeiie de 
leur âge, mais la plupart se tiennent solitaires dans 
les coins, appuyés aux murs, perdus dans leurs pen- 
sées. On en voit d'autres assis sur les marches des 
escaliers, répandus dans les corridors, dans les lieux 
écartés : tout cela pour échapper à la récréation. 
Plusieurs se promènent lentement, gravement, en 
groupes : leur conversation est étouffée, et de temps 
à autre ils jettent à la dérobée un regard inquiet et 
scrutateur. Par moments un sourire vient pincer 
leurs lèvres, mais tel que l'on se demande si le mot 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 65 

ou l'anecdote qui l'ont provoqué n'auraient pas 
fait rougir une âme innocente fourvoyée en leur 
compagnie. 

Quel contraste cette cour ofïreavec la précédente ! 
Aussi les effets de ces mornes récréations sont in- 
calculables. 

Le remède à cet état de choses ? Comment chan- 
ger le cœur de cette jeunesse, l'amener ou le rame- 
ner à la joie, à l'expansion, à la confiance. 

Il n'y a qu'un moyen : les aimer. Il faut même 
quelque chose de plus : il faut que ces jeunes gens se 
sjntent aimés. Etre aimé c'est bien, mais se sentir 
aimé c'est tout. Il faut que ces jeunes gens se sentent 
aimés dans leurs plaisirs honnêtes, qu'ils voient 
leurs maîtres prendre part à leurs naïfs divertisse- 
ments ; alors, par répercussion, on les verra à leur 
tour aimer ce qui leur sourit un peu moins, comme 
la discipline, l'étude, la mortification des sens. Si 
les supérieurs sont considérés comme des supérieurs, 
et non plus comme des pères, des frères ou des amis, 
c'est la crainte que l'on récoltera et non l'amour. A 
tout prix il faut briser cette barrière fatale dont la 
présence engendre la défiance et éloigne l'abandon. 

Mais comment s'y prendre pour faire éclater en 
morceaux cette terrible barrière ? Pour supprimer 
cette loi des distances, et ces lignes parallèles sur 
lesquelles cheminent sans risque de se rencontrer 
m litres et élèves ? 

Par la familiarité, une familiarité de bon aloi, 
manifestée en tous temps et en tous lieux, niais 
surtout en récréation. 

Aux dires (1*1111 témoin, Don Bosco était le pre- 
mière jouer et l'âme de la récréation. Par la 

- 



66 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

sonne et par les yeux il se trouvait à tous les coins 
de la cour, au milieu de chaque groupe d'enfants, 
prenant part à tous les divertissements. Il jouait 
aux canettes, aux boules, au volant, aux applau- 
dissements de ceux qui avaient le bonheur de pos- 
séder D. Bosco comme partenaire. 

J'aimais éperdûment à le voir au milieu de nous 
— dit un autre de ses élèves. Quelques-uns de nous 
étaient sans veste ; d'autres en avaient une mais 
toute en guenilles ; celui-ci retenait avec grand 
peine ses culottes ; celui-là n'avait pas de chapeau, 
ou ses doigts de pieds passaient librement à travers 
des souliers éculés. On était ébouriffés, malpropres, 
grossiers, importuns, capricieux, et lui trouvait 
toujours ses délices à rester avec les plus malheu- 
reux. Ce n'était pas rare de le voir défier tous ces 
jeunes gens à la course dont il fixait le but et 
la récompense. La dernière de ces courses eut lieu 
en 1868, et D. Bosco, malgré ses jambes déjà 
enflées, courait encore avec une telle rapidité qu'il 
laissait bien loin derrière lui les huit cents enfants 
parmi lesquels un grand nombre étaient cependant 
d'une agilité étonnante (1). 

Sans familiarité l'amour apparaît menteur, et 
sans amour pas de confiance, et sans confiance pas 
d'éducation. Voulez-vous être aimé ? Montrez que 
vous aimez. Jésus-Christ s'est fait petit avec les 
petits, et a pris nos infirmités sur lui. Le voilà bien 
le maître par excellence de la familiarité. 

Le professeur que l'on ne voit qu'à son pupitre 
est un professeur, et c'est tout. Mais si, en récréa- 
tion, il se mêle à ses petits élèves, il leur apparaît 

(1) Bulletin Salésien, nov.1909. 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 67 

comme un grand frère, et on l'écoute. Qu'il distri- 
bue la morale du haut de sa chaire, le bon sens des 
enfants dira qu'il remplit sa tâche et fait son mé- 
tier. Mais qu'il dise un mot de correction amicale 
en récréation, l'enfant saisit vite que cet avertisse- 
ment vient d'un cœur qui l'aime. Que de change- 
ments de conduite furent le simple effet d'un mot 
jeté en passant au creux de l'oreille d'un jeune 
homme, pendant une récréation tapageuse ! 

Voulez-vous être aimé, aimez. Dès qu'on se sent 
aimé, surtout entre douze et vingt ans, on se livre, 
on s'abandonne, on fait tout ce que l'ami suggère. 
D'une part, du côté des élèves, les cœurs s'ouvrent, 
s'épanouissent, manifestent leurs besoins, dévoilent 
leurs penchants ; d'autre part, du côté des maîtres, 
rien ne pèse plus : ni fatigues, ni ennuis, ni ingrati- 
tude, ni traeos, ni négligences. On supporte tout 
patiemment. 

Alors on ne voit plus des éducateurs travailler 
par amour de la gloire, — punir par esprit de rnn- 
cune, critiquer des confrères qui semblent monopo- 
liser la popularité, — cultiver de préférence cer- 
taines piaules plus sympathiques au risque d'en 
négliger d'autres non moins intéressantes. Là où 
règne ce véritable amour en ne pense qu'à deux 
choses, la gloire de Dieu et le salut des âmes. 

L'esprit de ce système atteignait tous ceux qui 
étaient l'objet de la sollicitude apostolique de Don 
Bosco. Les âmes déjà perverties n'y échappaient 
pas. On en voit un exemple frappant dans la fameuse 
promenade des trois cents prisonniers. 

En l'année 18-17, Don Bosco prêcha une retraite 
aux jeunes détenus de la prison de Turin. Cette re- 
traite fit le plus grand bien et fut couronnée par une 



68 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

communion presque générale. Aussi le prédicateur, 
touché des bonnes dispositions de ses prisonniers, 
résolut-il de les récompenser, et il songea à leur 
procurer une promenade. 

Une promenade ! quelle surprise pour ces pauvres 
petits,privés depuis si longtemps de liberté et d'exer- 
cice, à l'âge où on a si grand besoin de mouvements 
et où l'on est si avide du grand air ! Quelle bonne 
surprise quand il leur annoncerait une longue course 
à travers champs ! 

Que l'on juge de l'ébahissement du directeur de 
la prison lorsque Don Bosco, avec sa simplicité et 
son assurance accoutumées, vint lui faire part de son 
projet et lui demander le plus sérieusement du 
monde la permission. Mais cet étonnement n'eut 
plus de bornes lorsque la demande transmise au 
ministère en revint avec l'autorisation de Ratazzi 
lui-mêm2 1 

Donc, par une belle matinée de mai, DonBosco 
emmena avec lui la bande des détenus. « Il n'y aura 
aucune évasion, avait dit Don Bosco, et je m'engage 
à vous ramener, sans qu'il en manque un seul, tous 
les enfants que vous m'aurez confiés. » 

Le départ eut lieu après la sainte messe. On vit 
350 prisonniers traverser la ville sous la garde du 
prêtre. Le château royal de Stupigini avait été choisi 
comme le but de l'excursion. Dix kilomètres à par- 
courir. 

Quelle joie pour ces enfants 1 
Dans le parc où ils prirent leurs ébats on ne put 
constater l'ombre d'un désordre ; pas un dégât ne 
fut commis, pas un fruit ne fut dérobé. 

Leur grande préoccupation, à tous, c'était de 
regarder avec attendrissement leur bienfaiteur, et 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 69 

comme ils le virent un peu fatigué de la marche, en 
un clin d'œil ils eurent chargé sur leurs épaules les 
provisions que portait un âne, attaché à la caravane 
par les soins de Don Bosco ; celui-ci dut monter sur 
l'animal que deux enfants tenaient par la bride. 

Le soir, le directeur constata, en faisant l'appel, 
que tous les enfants étaient de retour et qu'il n'en 
manquait pas un seul. 

— Vous avez, vous autres, lui dit Ratazzi, une 
force que nous n'avons pas : Vous pouvez dompter 
les cœurs I 



10. Don Bosco et les enfants. 



C'est pendant la retraite prêchée en 1850 que 
Don Bosco, comme il le dit lui-même, apprit à par- 
ler aux enfants. Ecoutons-le. « J'avais prêché sur 
le scandale. J'interroge un des auditeurs, puis un 
second, un troisième, un quatrième : personne qui 
puisse me dire un mot de la prédication. Enfin un 
enfant se lève et dit : « Monsieur, je me souviens. 
Vous avez raconté l'histoire des singes qui avaient 
mis un bonnet de coton pour faire comme le mar- 
chand et qui les jetèrent en bas, quand il jeta le sien. 
Et Don Bosco disait : On perd son temps à prêcher 
aux enfants, à moins qu'on se serve avec eux d'exem- 
ples, de comparaisons, d'apologues. » 

Avec les grandes personnes Don Bosco se servit 
des mêmes moyens sensibles pour aller jusqu'au 
fond des cœurs. Il était devenu de la sorte un ora- 
teur vraiment populaire. Les foules qui accouraient 



70 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

partout où il se présenta ne se lassèrent pas de l'en- 
tendre et le supplièrent plus d'une fois, après un 
serrrion de deux, trois heures, de continuer encore à 
leur parler. Il excellait dans les comparaisons, les 
similitudes, les paraboles, les anecdotes bien ame- 
nées ; il multipliait les tableaux qui rendaient la 
vérité sensible aux esprits les plus vulgaires. 

Ainsi Don Bosco s'avéra fin psychologue ; sa 
parole fut toujours si efficace, parce qu'elle péné- 
trait dans l'âme après avoir saisi et gagné l'imagi- 
nation par sa simplicité émouvante et descriptive, 
la richesse des comparaisons et des apologues, la 
clarté de ses conclusions éminemment pratiques. 

« Je me fais tout à tous pour les gagner à Jésus- 
Christ, disait saint Paul. » Tel était l'esprit qui inspi- 
rait Don Bosco. 

La guerre de l'indépendance italienne se prépa- 
rait contre l'Autriche. Les têtes fermentaient. Le 
vent était aux exercices et aux parades militaires, 
aux démonstrations publiques de toutes sortes. 
L'afïluence diminuait aux oratoires, la piété se re- 
froidissait, les sacrements étaient moins fréquentés. 
Que fait Don Bosco ? Il feint d'entrer dans le mou- 
vement, achète des fusils de bois, constitue des ser- 
gents, des caporaux instructeurs. On s'exerce au 
maniement des armes à l'oratoire. On fait la petite 
guerre. Aussi, après les oflices, c'était une véritable 
furie. Tout le monde voulait être apprenti soldat. 

Un dimanche, après les vêpres, eut lieu une ba- 
taille où les deux armées luttèrent longtemps à ar- 
mes égales. Enfin l'ennemi fut repoussé, et on le 
repoussa si bien qu'on passa de la cour au jardin. 
Les plantations de Maman Marguerite furent fou- 
lées aux pieds, ravagées, dévastées, entièrement 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 71 

détruites au grand déplaisir de la ménagère. Don 
Bosco la consola : « Maman, patience, ce sont des 
jeunes gens, il faut savoir souffrir pour le salut de 
leurs âmes. » 

A cette même époque, Don Bosco donna une plus 
grande extension aux classes de musique vocale et 
instrumentale. Evidemment il ne pouvait faire tout 
par lui-même. Il se fit aider, ayant, comme tous les 
grands organisateurs, l'art de faire agir les autres. 
Il organisa de même dans ses écoles un petit théâ- 
tre. Il voulait à l'oratoire des fêtes grandes et splen- 
dides et conseillait de ne pas s'inquiéter des invi- 
tés. On joue pour les enfants, disait-il. 

La séduction du roman et la fascination des spec- 
tacles achèvent en peu de temps la ruine religieuse 
et morale des plus belles espérances de l'Eglise et 
de la société. Don Bosco, dans sa perspicacité, avait 
vu le danger. Il savait que le petit théâtre pouvait 
contribuer à entretenir la joie dans ses écoles, à en 
bannir l'ennui, conseiller du vice. Il n'ignorait pas 
non plus que dans trop de maisons d'éducation, par 
manque de mesure, par la multiplicité et le carac- 
tère fastueux des séances, on développe malheureu- 
sement, dans les âmes impressionnables de la jeu- 
nesse, le goût des spectacles mondains. Aussi bien 
Don Bosco voulut que, dans ses maisons, les repré- 
sentations fussent toujours intéressantes, instruc- 
tives et moralisatrices, mais simples, de nature à 
ne pas exciter le désir d'aller plus tard dans les 
théâtres publics pour y chercher des sensations 
nuisibles. 

Il faut, sans nul doute, de la largeur de vues 
dans la formation de la jeunesse, dans l'éducation 
des passions et même dans le soin de familiariser 



72 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

les jeunes gens avec les dangers inévitables de la 
vie. Ce serait un mal de les laisser entrer dans le 
monde sans une préparation suffisante. Cette pré- 
paration, toutefois, doit être progressive et propor- 
tionnée à leur âge, à leur caractère. Or, les séances 
ne permettent pas — comme les lectures — de tenir 
compte de ces nuances ; elles s'adressent à tous in- 
distinctement, aux grands et aux petits, aux forts 
et aux faibles. La remarque, du reste, porte moins 
surla trop grande licence des sujets représentés que 
sur la manie de n'exhiber que des pièces à grand 
effet, qui nécessairement développent dans la jeu- 
nesse le goût des spectacles passionnants et dépo- 
sent, jusque dans la subconscience des petits, les 
germes de mal qui lèveront plus tard. C'est à quoi 
Don Bosco conseillait d'apporter tous ses soins. 

Son amour le rendait ingénieux à gagner le cœur 
des enfants. Il s'intéressait vraiment à ses élèves ; 
les suivait tous de très près et, de plus, se faisait re- 
mettre régulièrement par les professeurs des notes 
sur chacun des enfants de la maison. Ces notes, il 
les comparait, les complétait, il y ajoutait ses appré- 
ciations et les classait. 

Il connaissait de la sorte chacun de ses enfants et 
s'en servait pour leur bien. Il appelait près de lui 
ceux qui avaient besoin d'un avis spécial. Les élèves 
qui venaient le voir étaient traités avec des égards, 
comme des visiteurs de marque. Il les installait dans 
un bon fauteuil, leur parlait paternellement, don- 
nait au départ un petit cadeau et les reconduisait 
jusqu'à la porte avec beaucoup d'aménité. « Une 
conversation avec Don Bosco valait toute une re- 
traite », disait Don Rua, un de ses disciples, plus 
tard son successeur. 



LES IDEES PEDAGOGIQUES DE DON BOSCO 16 

Don Eosco épiait l'occasion de prouver aux en- 
fants combien tous étaient présents à son cœur. A 
l'occasion de leur fête patronale, il leur glissait un 
billet renfermant des souhaits, quelquefois des con- 
seils, aussi des avertissements. Le dernier jour de 
l'an, il distribuait, comme étrennes, des billets per- 
sonnels pour chacun de ses enfants. Il en écrivit jus- 
que 575 en 1862. 

Les enfants faibles étaient, comme les malades, 
l'objet d'une attention spéciale. Il examina per- 
sonnellement les sujets renseignés comme incapa- 
bles ; il leur faisait apprendre près de lui une leçon 
et les interrogeait ou leur donnait un devoir à faire, 
sous ses yeux. Il se rendait compte ainsi de leur 
capacité intellectuelle et donnait aux professeurs 
et aux surveillants des conseils en conséquence. De 
cotte manière, plus d'un élève réputé incapable 
d'étudier devint un excellent sujet. 

Don Bosco s'abaissait à d'autres occupations 
moins nobles que celles de professeur ou de direc- 
teur. Dans le début surtout, alors qu'il n'y avait 
dans la maison aucune personne de service, il 
vaquait avec sa mère à toute espèce de travaux 
domestiques. Pour épargner à ses orphelins des 
frais de couture, il taillait et confectionnait les pan- 
talons, les caleçons, les gilets, ou bien les réparait. 
D'autre fois, pour soulager sa mère, il fendait le 
bois, allumait le feu, balayait les chambres, écos- 
sait les haricots et pelait les pommes de terre. 

Mais ce qui faisait l'admiration de tous, c'était 
de le voir ceindre un tablier et faire la cuisine. Alors 
les enfants, raconte Don Bonetli dans les Cinq 
Lustres, mangeaient de meilleur appétit, il leur 
semblait que la soupe, la polenta avaient un : 



74 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

exquis quand c'était Don Bosco qui les préparait. 
D'ailleurs, c'était Don Bosco qui servait à table et 
il assaisonnait le service d'agréables facéties, t Tiens, 
disait-il à l'un, mange cette soupe, c'est moi qui 
l'ai faite. » A un autre : « Allons, mange bien, fais 
honneur au cuisinier. » Il ajoutait en servant un troi- 
sième : « Vois-tu, mon enfant, je voudrais encore te 
donner un morceau de viande, mais patience ! Dès 
que je trouverai un bœuf qui n'aura pas de maître, 
nous ferons un grand régal. » Ces plaisanteries et 
d'autres semblables amusaient les enfants et leur 
faisaient oublier toute espèce de superflu. Ils man- 
geaient joyeux et de bon appétit ; que leur man- 
quait-il ? » 

Cette ingéniosité, qui lui suggéra mille moyens 
pour gagner les cœurs, se manifesta aussi dans l'art 
de frapper les esprits par ses façons originales de 
présenter les idées. 

Les premiers élèves des écoles du soir furent des 
ouvriers dont bon nombre ne savaient même pas 
lire. Ils y venaient, en habits de travail tout maculés 
et couverts de poussière, mais joyeux et remplis 
d'entrain, chercher l'instruction qui leur manquait. 
Ce fut pour eux que Don Bosco composa son petit 
traité du Système métrique qui a été un des pre- 
miers ouvrages élémentaires écrits en italien sur ce 
sujet et qui initia le peuple à la connaissance des 
nouvelles mesures légales. Pour faire entrer ces 
notions dans la tête de ces apprentis-maçons et 
autres, il composa sur la matière un dialogue humo- 
ristique qui eut l'honneur de la scène et fit beaucoup 
rire. 

Le grand souci de la préservation des âmes et 
de leur élévation ne lui fait donc jamais perdre de 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 75 

vue les droits des corps ni les intérêts temporels. 

La joie la plus entière épanouira ces yeux d'en- 
fants et sur les fronts des adolescents brillera la 
lumière de la pureté intérieure. Les jeux, les prome- 
nades, les distractions de toute nature viendront 
alterner avec les exercices de la journée. Aux heures 
des repas, une nourriture substantielle et variée 
donnée, comme de droit, à ces corps en voie de 
formation et qui pour la plupart des élèves seront 
l'outil premier dans le travail de la vie. 

Mais cette nourriture, le fruit du travail des aînés 
ou le don de la charité, Don Bosco voulut qu'on la 
respectât. Aucun gaspillage ne trouva grâce aux 
yeux du saint prêtre ; les élèves qui, en ce point, ne 
tenaient pas compte des avertissements, étaient 
renvoyés sans pitié. 

Le succès des élèves le préoccupait beaucoup et 
aussi, plus tard, leur réussite dans le monde. Les 
anciens élèves qui revenaient voir leur grand ami, 
Don Bosco, trouvaient près de lui conseil et aide. 
Plus d'un, éprouvé par l'infortune, reçut à l'oratoire, 
en attendant un emploi, le secours nécessaire el 
Don Bosco eut toujours la prévenante délicatesse 
de ne pas le faire deman. 

Pour former ses élèves à la prévoyance autant que 
pour s'opposer aux sectes qui cherchaient à Ks 
attirer par l'appât d'avantages matériels, Don 13 
fonda entre eux une société de secours mutuels. 
Ce fut la première société de ce genre fondre par les 
calholi'jucs. Elle servit de modèle à beaucoup d'au- 
tres. Son but était l'assistance des sociétain 
de maladie ou de chômage. On donnait un sou par 
semaine, dette société rendit de services. 

Tout membre qui tombait malade ou qui étaj 



76 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

duit au chômage recevait chaque jour l'équivalent 
de son travail. Beaucoup de jeunes gens ont gardé 
bon souvenir des subsides qui leur furent alloués 
et qui dépassaient souvent les sommes versées. Ils 
attribuèrent ce surcroît à la libéralité de Don Bosco. 
En faisant ainsi œuvre de véritable philanthrope le 
pédagogue ne perdait pas de vue le grand but de sa 
vie : atteindre les âmes par le corps. Aussi engageait- 
il les membres de la société Saint-Louis à fréquenter 
les sacrements et à communier au moins tous les 
quinze jours. « On ramène plus facilement les âmes 
par un peu de charité que par beaucoup de science. * 
C'était un de ses dictons préférés. 



11.Le6 leviers de l'œuvre éducative 



Don Bosco répétait souvent : « La parole du prê- 
tre, quelle qu'elle soit, doit partout et toujours avoir 
une saveur de vie éternelle. » Cette maxime, il la 
mettait en pratique avec les étrangers, mais sur- 
tout avec ses élèves, qu'il regardait comme un dépôt 
sacré que Dieu lui confiait. Parlant d'eux, il disait : 
Dieu nous a envoyé, Dieu nous envoie, Dieu nous 
enverra des enfants. Oh l combien d'enfants Dieu 
nous enverra, si nous correspondons à sa grâce ! 
Mettons-nous donc à l'œuvre, et ne recelons devant 
aucun sacrifice pour les sanctifier et les sauver. » 

Aussi, dès qu'on lui amenait un nouvel élève, la 
première parole qu'il lui adressait regardait le salut. 
Son affabilité, ses manières affectueuses, son visage 
serein lui ouvraient les cœurs et les disposaient à la 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DOS BOSCO 77 

confiance. Pour encourager l'enfant et dilater son 
âme, il lui disait : « Mon enfant, je suis vraiment heu- 
reux de te voir. Et toi, es-tu content aussi d'être 
venu ? Comment t'appelles-tu ? De quel pays es-tu ? 
Et l'enfant répondait à ces demandes. Alors Don 
Bosco continuait : « Te portes-tu bien ? — As-tu 
encore tes parents ? — Trouves-tu le pain bon ? — 
As-tu bon appétit ? » 

Après s'être ouvert le cœur de l'enfant par ces 
interrogations aimables, Don Bosco changeait de 
sujet et d'un air un peu plus sérieux, il disait : « Eh 
bien ! mon enfant, je veux être ton ami. Et toi, se- 
ras-tu aussi l'ami de Don Bosco ? Je veux t'aider à 
sauver ton âme ; toi aussi tu m'aideras. Dis-moi 
un peu : Ton âme est-elle en bonne santé ? Tu étais 
bon et pieux dans ton village, tu le deviendras plus 
encore ici, n'est-ce pas ? T'es-tu déjà confessé ? Te 
confessais-tu bien au pays ? Tu me donneras la clé 
de ton cœur, car je voudrais que nous allions en- 
semble au Paradis. As-tu compris ce que je demande 
de toi ? Tu viendras me trouver, nous causerons 
ensemble. Je te dirai des choses qui te feront plaisir. 
Et l'enfant souriait, faisait des signes d'assenti- 
ment ou répondait par monosyllabes, baissait Us 
yeux et rougissait, selon la nature des interroga- 
tions. Don'Bosco le regardait d'un œil scrutateur 
et devinait approximativement son caractère et 
l'état de son âme. 

Quand Don Bosco se trouvait en présence d'un 
enfant vif, éveillé et qui paraissait Intelligent, il lui 
disait sans détour : « Me donneras-tu la clé ? — 
Quelle clé, celle de ma malle ? » Et Don Bosco, sou- 
riant aimablement, répliquait: ■ Celle de ton âme.» 
C'est ainsi que Don Bosco, avec son zèle d'apôtre, 



78 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

attirait à lui l'âme des enfants et y jetait la semence 
des bonnes résolutions. 

D'autres fois, Don Bosco descendait dans la cour 
et était aussitôt entouré d'une foule d'enfants. Les 
nouveaux venus se tenaient un peu à l'écart. Au 
bout de quelque temps, il les appelait à lui et leur 
glissait à l'oreille un petit mot confidentiel. A l'un, 
il disait : « Tu seras sage, n'est-ce pas, et nous serons 
amis ?» A un autre : « Don Bosco t'aime bien et 
t'aidera à sauver ton âme. » — A un troisième : « Le 
bon Dieu t'a envoyé ici, sais-tu pourquoi ? Pour que 
tu deviennes chaque jour plus snge etplus vertueux». 
A un quatrième : « La Madone veut que tu lui donnes 
ton cœur ». A un cinquième : « Le bon Dieu veut 
faire de toi un saint Louis de Gonzague ». 

Don Bosco assurait que les enfants à qui on parle 
ainsi sont contents, ouvrent leur cœur et entrent 
dans la voie de la piété ; ils deviennent les amis de 
leurs supérieurs et leur donnent toute confiance. 
Leur dire tout de suite clairement et sans ambages 
ce qu'on demande d'eux pour le bien de leur âme, 
gagne leur cœur. 

« Qu'on tienne compte de cet avis, disait Don 
Bosco, il est le fruit d'une longue expérience. Le 
jeune homme, ajoutait-il, aime, plus qu'on ne pense, 
à entendre parler de ses intérêts spirituels, et il 
comprend par là qu'on l'aime chrétiennement et 
qu'on lui veut du bien. » 

La première chose que Don Bosco demandait 
d'un élève à son entrée à l'oratoire, c'était une bonne 
confession. Il la sollicitait par toutes les industries 
que lui suggérait son zèle et manquait rarement de 
l'obtenir. D'ailleurs, sa charité douce et paternelle 
suffisait à cela : il était tellement bon et affable ! 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 79 

Nous avons vu comment la Providence envoya à 
Don Bosco un premier pensionnaire, en 1847. Lors- 
que ce pauvre enfant se fut réchauffé et séché, Ma- 
man Marguerite lui servit une soupe bien chaude 
avec du pain. Puis, pendant que Don Bosco trans- 
portait pour l'hôte son propre matelas à la cuisine, 
Marguerite fit au jeune homme un petit discours sur 
la nécessité du travail, de l'honnêteté, de la religion. 

Cette exhortation fut l'origine d'un usage qui se 
conserva dans les Maisons salésiennes et qu'on 
appelle le mol du soir. C'est une allocution paternelle 
et familière que Ton fait aux enfants avant qu'ils 
aillent se coucher. 

Don Bosco ne manqua jamais de la faire lui-même 
et ordonna aux supérieurs des maisons de ne pas 
l'abandonner à d'autres. 

Quand le maître tient fortement en ses mains le 
cœur de l'élève, quand par les procédés de mansué- 
tude et de patience il a bien mérité de commander 
à l'enfant au nom de cette forte autorité de l'amour, 
doucement, sans heurts ni secousses, il le porte vers 
le monde surnaturel. Il lui fait aimer la prière, il lui 
enseigne la religion, il se sert de tout, d'une prome- 
nade comme d'une explication en classe, d'une répri- 
mande comme d'un éloge pour élever sa pensée plus 
haut. Il le met en contact avec les sources de la grâce 
dans les sacrements ; il lui fait aimer Jésus, comme 
son Sauveur, et Marie, comme sa Mère et sa dé 
fense ; il lui montre la laideur du vice et le charme 
de la vertu, tout cela simplement, à propos de rien 
et de tout, sans insister, mais d'un ton convaincu, 
l'œil fixé sur le but suprême. 

Le système de Don Bosco trouve donc sa princi- 
pale force dans la foi. 



80 LES IDÉES FÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

« La foi vient par l'ouïe », dit saint Paul ; on ne 
peut avoir cette foi qui opère par la charité sans 
une instruction religieuse solide ; les maîtres salé- 
siens devront donner cette instruction. Outre le 
catéchisme de l'école et les instructions du diman- 
che, il y aura, chaque soir, après la prière, un petit 
mot de foi et de religion, jeté dans les âmes par le 
directeur 

Après l'enseignement religieux, la prière ; sans la 
prière point de salut. Don Bosco le savait ; aussi, il 
a voulu que chaque matin dans ses maisons tout le 
monde eût la prière par excellence, la sainte messe. 
Pendant la messe, on dit la prière du matin, et l'on 
récite le chapelet en entier. 

Toute l'assistance prie à haute voix, car l'enfant 
qui ne parle pas, ne prie pas. Qu'il est doux d'en- 
tendre ces invocations à la Mère de la divine grâce, 
répétées en chœur par des centaines de voix ; c'est 
le spectacle qu'offrent chaque matin les maisons 
salésiennes. 

L'homme est déchu, c'est une vérité de foi. Par 
suite de sa déchéance originelle il est porté au mal, 
dès son enfance. Il faut donc lui donner un remède 
qui le guérisse et le fortifie. Les élèves de Don Bosco 
trouvent ce remède dans la confession et la commu- 
nion fréquente. 

L'exercice du matin se termine par une lecture 
pieuse que l'on fait en forme de méditation et qui 
permet aux maîtres et aux élèves qui ont communié 
de faire convenablement l'action de grâce sans se 
séparer de la communauté. 

Disons encore que l'école est toute imprégnée de 
foi dans les manuels classiques, dans l'enseignement 
des professeurs et que Jésus-Christ, l'auteur et le 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON B<SCO 81 

consommateur de la foi est là, au milieu de l'éta- 
blissement, comme un foyer de lumière et d'amour 
surnaturel autour duquel gravite toute la maison et 
l'on comprendra comment l'éducation salésienne, 
d'ailleurs si sage et si humaine, si conforme à la 
nature de l'enfant, n'a pas une moindre valeur sur- 
naturelle et chrétienne ; en un mot, que le système 
éducateur de Don Bosco rep'ose sur les deux vraies 
bases de toute éducation, la nature et la grâce, la 
raison et la foi. 

Don Bosco avait reçu la double mission d'instruire 
et de sanctifier la jeunesse, que l'on ne peut d'ail- 
leurs guère sanctifier sans l'instruire. Dans ce but 
d'éducation chrétienne il s'occupa des classiques 
italiens et latins. Les classiques italiensfurent expur- 
gés de tout ce qui aurait pu faire du mal à l'âme des 
enfants et des jeunes gens. Cette correction était 
tellement opportune, qu'en peu de temps on écoula 
80 mille exemplaires des ouvrages expurgés. Don 
Bosco fit le même travail sur les classiques latins 
de l'antiquité païenne, puis, à côté de cette collec- 
tion révisée, il édita sa belle collection d'auteurs 
chrétiens, grecs et latins. Il fit ce travail en l'année 
1868, précédant ainsi les travaux analogues entre- 
pris en France par Don Guéranger et, en Belgique, 
par le chanoine Guillaume. 

Tout dans l'école salésienne converge vers cette 
puissante idée de la présence divine. Dès le lever, 
les regards sont fixés sur le Christ, notre mode! 
aucun moment de la journée, cet aliment de la piété 
ne fera défaut jusqu'au soir. Au dortoir même, une 
lecture pieuse bercera doucement ces têtes (Tentant 
dans le royaume des rêves angéliques, et lorsque 
l'assistant dira, en guise de bonsoir : Tu autem 

i . > OR BQ800. — 6 



82 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

Domine, très peu de réponses s'élèveront dans le si 
lence de la nuit envahissante. 



Conclusion 



Nous avons établi quelles sont les directives de 
Don Bosco dans cette œuvre si importante de l'édu- 
cation de la jeunesse ; tout se résume en un mot : 
« C'est la pédagogie de l'amour. » Le maître qui 
l'applique et l'élève qui en est l'objet puisent tous 
deux leur force en Dieu. Et mieux que d'écrire de 
savants traités sur cette matière, Don Bosco a réalisé 
une œuvre et c'est celle-là qui montre la valeur 
réelle de la méthode. 

Don Bosco a fait naître, sous la conduite de Dieu, 
une congrégation d'hommes et une autre de femmes 
dont les membres poussent l'abnégation à l'extrême 
limite. Leur premier but, c'est l'enfant. C'est avec 
l'enfant qu'ils passent la journée entière, toute 
leur vie ; c'est en l'enfant qu'ils trouvent leur sanc- 
tification. C'est un acte d'amour parfait ; ils cher- 
chent Dieu d'abord et tout le reste leur est donné 
par surcroît. 

Les enfants ensuite, qui sont confiés à ces dévoue- 
ments sous toutes les latitudes des deux mondes, 
rendent hommage au système de Don Bosco. 

Des milliers d'élèves, sous la conduite des Salé- 
siens, sont devenus de parfaits citoyens, des chré- 
tiens exemplaires. Qui dira la somme d'efforts dé- 
ployés par ces légions d'enfants ? Qui comptera les 
prodiges de vertus accomplis par cette jeunesse ? 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 83 

Qui estimera les fruits de sainteté récoltés par ces 
maîtres dans les écoles, les oratoires, les missions ? 

A vrai dire, qu'est auprès de ces résultats positifs 
sortis d'une grande pensée et d'un grand cœur, 
l'œuvre toute froide et quasi stérile d'un Rabelais, 
d'un Montaigne, d'un Malebranche, d'un Locke, 
d'un Pestalozzi, d'un Rousseau et de tant d'autres 
dont les noms se lisent dans l'histoire de la pédago- 
gie ? Gargantua, les Essais, les Pensées sur l'Educa- 
tion, Léonard et Gertrude, Emile, ce sont autant de 
pensées qui jalonnent — telles des poteaux indica- 
teurs — la route de la science éducative. L'ora- 
toire de Don Bosco est un acte ; c'est une œuvre 
colossale, édifiée à côté de tant d'oeuvres catholiques 
sur le même granit de la foi , que la charité soutient 
et à l'abri desquelles la vraie grandeur humaine se 
développe au cours des siècles. 

L'œuvre de Don Bosco a d'ailleurs reçu l'appro- 
bation et les éloges d'une foule d'hommes d'Etat, 
de sociologues et d'éducateurs. Nous ne citerons 
qu'un témoignage, parce qu'il est caractéristique 
de la méthode de Don Bosco. 

« Un ministre de la reine d'Angleterre, visitant 
l'Oratoire Saint-François de Sales, à Turin, fut in- 
troduit dans une vaste salle où étudiaient 500jeu- 
nes gens. Il ne put s'empêcher d'admirer cette mul- 
titude d'écoliers observant un rigoureux silence 
quoiqu'il n'y eût personne pour les surveiller. Son 
admiration fut plus grande encore quand il apprit 
que, dans toute l'année, on n'avait pas eu à regretter 
une seule parole de dissipation ni même une seule 
occasion de punir ou de menacer d'une punition, 
t Comment est-il possible, dites-moi, d'obtenir un 
tel silence, une discipline aussi parfaite ? Nous, dit-il 



84 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 

à son secrétaire, écrivez la réponse qu'on va nous 
donner. — Monsieur, répondit le supérieur de réta- 
blissement, les moyens dont nous usons ne peu- 
vent pas être employés chez vous. — Pourquoi ? — 
Parce que ce sont des secrets révélés seulement aux 
catholiques. — Quels sont ces secrets ? — La con- 
fession et la communion fréquentes, la messe tous 
les jours bien entendue. — Vous avez raison, nous 
manquons de ces puissants moyens d'éducation. 
Mais, n'y en a-t-il pas d'autres ? — Si on ne se sert 
pas de ces éléments que fournit la Religion, il faut 
recourir à la menace ou au bâton ! — Vous avez 
raison ! Vous avez raison ! Ou la religion 1 ou le 
bâton ! Je veux raconter cela à Londres. » 

Le D. Fcertser, dans son ouvrage Ecole et Carac- 
tère, résumant en une dernière analyse ses idées 
sur la discipline scolaire, émet l'opinion suivante : 

« En dehors des leçons de morale — destinées à 
compléter l'enseignement religieux — le professeur 
devrait s'efforcer d'imprégner de l'enseignement 
moral toute la matière de l'enseignement. 

a Pour moi il n'y a pas de doute que la pédagogie 
pénétrant ainsi dans les problèmes de l'éducation 
du caractère réussira peu à peu à mitiger et à ré- 
soudre le grave conflit qui existe présentement, 
dans tous les pays, entre l'école laïque et l'Église. 
Plus l'école laïque, sous l'influence de l'incrédulité 
montante, ira abandonnant les soins religieux de 
l'âme pour se consacrer de plus en plus et exclusi- 
vement à l'intelligence, plus il paraîtra évident 
que le travail des professeurs, accompli en dehors 
des préoccupations morales, se réduit à un méca- 
nisme rouillé, destiné à s'arrêter bientôt, faute de 
cette force motrice qui vient de l'âme. Alors on dé- 



LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE DON BOSCO 80 

couvrira que la cure morale de l'âme, en vertu des 
lois de la psychologie, réclame d'être motivée et 
fortifiée par le principe religieux. » 

Par une intuition admirable, comme les saints et 
les hommes de génie en ont, Don Bosco a saisi ce 
côté poignant de la crise de l'école. Il fut «l'homme 
de son temps» et de son pays. Son premier souci fut 
le relèvement du prolétariat juvénile, par l'appren- 
tissage et parla formation de la conscience. Son œu- 
vre, répondant à une nécessité et étant visiblement 
soutenue par la Providence, prit bientôt une am- 
pleur imprévue et s'adapta aux besoins de nom- 
breux pays. Une même pensée de charité chrétienne, 
un même amour des âmes, les mêmes procédés de 
bonté, un même enseignement imprégné de l'esprit 
religieux ont fait éclore dans tous ces établissements 
les mêmes fruits : des rangs les plus humbles — par- 
fois des plus tristes — de la société des hommes se 
sont levés. 

La pédagogie a-t-elle un autre but ? 

Dès lors Don Bosco a droit à une place en vue 
dans l'histoire de la pédagogie, comme à l'admira- 
tion et à la reconnaissance de l'humanité. 



TABLE DES MATIÈRES 

1 . Avant-propos 1 

I. — NOTICE BIOGRAPHIQUE 

2 . Les influences du milieu 4 

3 . Les études d'un jeune homme pauvre 7 

4. Les voies mystérieuses de la Providence. — Au 

Valdocco 9 

5. La maman des orphelins. — Nouveaux foyers. 12 

6. La pieuse société salésienne. — Les Sœurs de 

Marie-Auxiliatrice 16 

7. A côté de l'école et de l'atelier, l'église et l'im- 

primerie 19 

8. Les luttes. — Les éclats de la grâce 22 

II. LES IDÉES PÉDAGOGIQUES 

1 . Don Bosco pédagogue 27 

2. L'œuvre de Don Bosco 30 

3 . La pédagogie de l'amour 37 

4. Le système préventif 11 

5. De la discipline 50 

... De la surveillance 52 

7. L'esprit du système préventif ." 

8. La bonté GO 

9. De la joie! — De l'abandon 1 62 

10. Don Bosco et les enfants 

11. Les leviers de l'œuvre éducative 

1 2 . Conclusion 82 

Poitier». — Imp. Marc Tuliu». 






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LB 675 • B 6 8 B 7 

B R E C K X , L • 

IDEES PEDAGOGIQUES